Un calendrier électoral encore incertain
À peine onze mois nous séparent de l'élection présidentielle, mais l'Élysée n'a toujours pas fixé de date officielle. Les mauvaises langues commencent à murmurer que même sur ce sujet, peut-être surtout sur ce sujet douloureux pour lui, Emmanuel Macron s'adonne à la procrastination. Sa marge de manœuvre est pourtant étroite, car elle est encadrée par l'article 7 de la Constitution : « L'élection du nouveau Président a lieu vingt jours au moins et trente-cinq jours au plus avant l'expiration des pouvoirs du Président en exercice. » Cette expiration, quant à elle, n'a rien de secret : elle interviendra le 13 mai 2027. Il suffit de faire la soustraction pour comprendre que le scrutin devrait se tenir entre le 8 et le 23 avril 2027.
Ce flou entretenu par le chef de l'État participe, à la marge, du grand flou qui entoure la précampagne. Les Français, dans leur majorité, ne s'y intéressent pas du tout, préoccupés qu'ils sont par la situation internationale et ses conséquences très concrètes sur leur quotidien. L'indifférence quasi-générale s'explique aussi par l'absence d'incarnations claires, à l'exception notable de Jean-Luc Mélenchon.
Un paysage politique en attente
Du côté du Rassemblement national, il faudra patienter jusqu'après le 7 juillet, date de la décision du procès de Marine Le Pen devant la Cour d'appel. En attendant, le programme présidentiel élaboré par le RN recèle plusieurs zones d'ombre, dont la plus remarquable concerne les retraites. Jordan Bardella le reconnaissait d'ailleurs dans une interview accordée le 12 mai au Frankfurter Allgemeine Zeitung. Interrogé sur le retour à l'âge légal de 62 ans, doctrine officielle du parti, il a répondu : « Nous examinons actuellement cette question. » Il serait pourtant urgent de trancher cette question essentielle, mais rien ne sera décidé avant le mois de juillet au plus tôt.
À droite et au centre, trois candidats pour un fauteuil – Gabriel Attal, Édouard Philippe et Bruno Retailleau – n'ont pour l'heure émis aucune proposition de nature à alimenter un débat de fond. Les deux premiers ont déclaré en fin de semaine dernière leur volonté de faire de l'éducation une priorité, mais sans rien avancer d'innovant, encore moins de révolutionnaire. Le troisième entend remettre de l'ordre partout, mener une politique nataliste et promet aux électeurs de « ne plus subir ». Dans tous les cas, rien de tel pour « renverser la table ».
Une gauche désunie et des discours répétitifs
Au sein de la gauche mélenchoniste règne un désordre remarquable. Après la publication par le Parti socialiste d'un préprogramme très daté, façon 110 propositions de François Mitterrand en 1981, le seul objet de préoccupation semble être le départage des ambitions : primaire ou pas primaire, selon quel périmètre, etc. Politiquement, c'est d'une indigence rare.
Le seul argumentaire de tous ces prétendants, de Bruno Retailleau à François Hollande, consiste à expliquer qu'il ne faut à aucun prix un second tour qui se jouerait entre deux candidats extrémistes : Marine Le Pen ou Jordan Bardella d'un côté, Jean-Luc Mélenchon de l'autre. Le répéter sur tous les tons, c'est prendre le risque d'en faire une prophétie autoréalisatrice. Alors, au travail !



