Versailles : un outil diplomatique pour impressionner les chefs d'État
Versailles : l'outil diplomatique pour impressionner

Emmanuel Macron l’a assuré ce lundi : la réception de Donald Trump au Château de Versailles prévue ce mercredi soir n’est pas un « dîner de gala ». Soit. Mais le lieu en lui-même arbore déjà tant de faste qu’il est difficile de ne pas y voir une occasion très spéciale. Si plusieurs chefs d’État y ont été reçus, l’ancienne demeure du Roi Soleil reste une résidence d’invités très prestigieux entre têtes couronnées (le tsar Nicolas II en 1896, le roi George VI en 1938, la reine Elisabeth II en 1957 entre autres) ou partenaires stratégiques (J.F. Kennedy, président des Etats-Unis en 1961, ou Vladimir Poutine, président de la Russie en 2017). Autant dire que la venue probable de Donald Trump n’est pas anodine. Décryptage avec Fabien Oppermann, historien et auteur de Le Versailles des présidents (Édition Fayard).

Un usage républicain historique mais fluctuant

Malgré sa symbolique royale, le Château de Versailles a-t-il beaucoup été utilisé par les présidents de la République ? « La République n’a en réalité jamais cessé d’utiliser le Château de Versailles, et ce dès l’avènement de la République en 1870. En 1873 par exemple, le premier chef d’État reçu à Versailles par un président de la République, c’est le Shah de Perse alors en visite en Europe. Depuis, c’est un usage qui s’est perpétué mais qui a fluctué au cours des années, des décennies. »

« Celui qui a le plus utilisé Versailles, c’est le général de Gaulle. Dans les années 1960, il a aménagé une résidence pour les chefs d’État étrangers au Trianon et organisé de grands dîners. Et donc c’est lui qui va un peu instituer cette habitude. Mais c’est quelque chose qui existait déjà avant lui. Le gros moment de l’usage républicain du Château de Versailles, ce sont les années 1960 et 1970, époques de Charles de Gaulle, Georges Pompidou et Valéry Giscard d’Estaing. Il faut avoir en tête qu’il y a toute l’infrastructure nécessaire pour des dîners de gala. »

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Un ralentissement sous Mitterrand

Pourquoi cela a-t-il ralenti avec l’arrivée de François Mitterrand au pouvoir ? « Je ne pense pas que ce soit sa volonté propre, puisqu’il y a organisé le G7 en 1982. C’est plutôt dû à un changement d’usage dans les visites officielles, qui se sont raccourcies progressivement. On n’a donc plus forcément le temps de faire les allers-retours entre Paris et Versailles. Les visites et l’ensemble de l’activité diplomatique se sont donc concentrés sur Paris, dans les ambassades, à l’Élysée, dans les ministères et à l’Hôtel de Ville, plutôt que dans des lieux extérieurs comme le Château de Versailles. »

Un outil diplomatique pour honorer et impressionner

Mais alors, pourquoi inviter des chefs d’État à Versailles plutôt qu’à l’Élysée ? « C’est l’idée d’offrir ce que la France a de mieux, de plus beau, de plus fastueux à des partenaires qu’on veut honorer. C’est un outil diplomatique. Il sert à montrer à ces personnes qu’on veut une relation bilatérale privilégiée. C’est le cas des États-Unis ici, ça a été le cas de Vladimir Poutine en 2017, qui a été le premier chef d’État étranger reçu par Emmanuel Macron à Versailles. Le Château de Versailles sert aussi à impressionner. »

Réaffirmer la place de la France dans le monde

La France descend doucement dans le classement des puissances mondiales. Cela peut-il permettre de resituer le pays dans ce domaine ? « Cela montre à nouveau la place pluriséculaire de la France dans l’Histoire du monde. Versailles a servi de modèle aux résidences royales et princières en Europe au XVIIIe siècle, aux demeures des Américains à la fin du XIXe et au cours du XXe siècle. Donc oui, ça sert à montrer que la France, comme disait Dominique de Villepin, est un vieux pays certes, sur un vieux continent, mais qui justement a encore une place dans le rôle des Nations. »

« La France n’est plus la première puissance économique ni militaire du monde. En revanche, en matière d’Histoire, d’art ou d’influence culturelle, oui, la France occupe encore l’une des premières places. Et ça, c’est un moyen de le rappeler. »

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Un symbole qui pourrait plaire à Donald Trump

Cela peut-il influer sur Donald Trump, ou sur ses positions ? « Ce symbole de pouvoir, un peu de faste, de grandiloquence… Versailles est un palais immense, extraordinaire, extrêmement bien décoré avec les plus belles matières, les plus beaux décors. On a fait appel à l’époque aux plus grands artistes. Donc évidemment, les superlatifs, c’est quelque chose qui plaît à l’actuel président américain. »