Macron alerte sur les menaces commerciales américaines et plaide pour une Europe plus souveraine
Macron : menaces américaines persistantes, appel à une Europe forte

Emmanuel Macron face à la presse européenne : un plaidoyer pour l'autonomie stratégique

Dans un entretien accordé à plusieurs grands journaux européens, dont Le Monde, The Economist et Suddeutsche Zeitung, le président français Emmanuel Macron a livré une analyse sans concession des défis auxquels fait face l'Union européenne. Publiée ce mardi 10 février 2026, cette interview balaie des thématiques cruciales allant des relations commerciales transatlantiques à la défense commune.

Des menaces américaines qui persistent

Le chef de l'État a estimé que les menaces commerciales et les intimidations venant des États-Unis n'étaient pas terminées. Il a mis en garde contre un « lâche soulagement » qui pourrait s'emparer des dirigeants européens après le pic de tension avec l'administration Trump. « Il y a les menaces et les intimidations. Et puis, d'un seul coup, Washington recule. Et on pense que c'est fini. Mais n'y croyez pas une seule seconde », a-t-il déclaré, faisant référence aux annonces répétées sur l'instauration de droits de douane.

Face à ces pressions, Emmanuel Macron a appelé les Européens à ne pas « courber l'échine ». Il a critiqué une stratégie de compromis qui, selon lui, a conduit à accroître la dépendance de l'Europe. À l'approche de réunions cruciales sur la compétitivité, il a plaidé pour une simplification du marché intérieur et une diversification des partenariats commerciaux.

La nécessité d'une préférence européenne

Le président a insisté sur l'urgence d'instaurer une préférence européenne dans des secteurs stratégiques. « Sinon les Européens en seront balayés », a-t-il averti. Il a cité plusieurs domaines clés :

  • Les cleantechs (technologies vertes)
  • La chimie
  • L'acier
  • L'automobile
  • La défense

Cette proposition, qu'il porte depuis longtemps, rejoint des initiatives similaires de la Commission européenne, soulignant un consensus naissant sur la nécessité de protéger l'industrie continentale.

Relancer l'idée d'un endettement commun

Emmanuel Macron a profité de cette tribune pour relancer le débat sur un endettement commun européen. Une idée défendue par la France mais souvent freinée par des pays comme l'Allemagne, qui n'y a consenti qu'à de rares exceptions, comme pendant la crise du Covid-19.

Il a évalué les besoins d'investissement annuels de l'UE à environ 1 200 milliards d'euros, couvrant les technologies vertes et numériques ainsi que la défense et la sécurité. « C'est le moment de lancer une capacité commune d'endettement pour ces dépenses d'avenir, des eurobonds d'avenir », a-t-il martelé, s'adressant également aux lecteurs du Financial Times et d'El País.

Le projet d'avion de combat européen en question

Concernant le projet de futur avion de combat européen (SCAF), le président français a affirmé qu'il s'agissait d'un « bon projet » et que « les choses doivent avancer ». Ceci malgré les tensions persistantes entre les industriels français et allemands.

« C'est un bon projet et je n'ai eu aucune expression allemande pour me dire que ce n'est pas un bon projet. Quand les industriels essaient de faire de la dyssynergie, c'est une chose, mais ce n'est pas à nous de la cautionner », a-t-il déclaré, précisant qu'il en rediscuterait avec le chancelier allemand Friedrich Merz.

Il a même étendu cette logique au char de combat, suggérant qu'une remise en cause de l'avion commun pourrait entraîner une révision du projet de char commun. Lancé en 2017, le SCAF vise à remplacer les Rafale français et les Eurofighter allemands et espagnols d'ici 2040, dans un contexte de réarmement européen face aux tensions avec la Russie.

Cet entretien souligne la détermination d'Emmanuel Macron à pousser pour une Europe plus intégrée, plus souveraine et mieux armée pour faire face aux défis géopolitiques et économiques du XXIe siècle.