Pour Bruno Cautrès, chercheur au CNRS et enseignant à Sciences Po, le G7 qui s’est ouvert ce lundi marque la fin d’un cycle pour Emmanuel Macron. L’approche de la fin de son mandat le prive de tout poids sur la scène internationale.
Un rôle de facilitateur tant attendu
Interrogé sur ce que Macron peut espérer politiquement de ce dernier G7, Cautrès estime : « Il peut espérer jouer enfin le rôle après lequel il court depuis si longtemps, celui de facilitateur pour les grandes négociations internationales. J’imagine qu’il va faire offre de bons services pour montrer que, dans la nouvelle négociation qui débute entre l’Iran et les États-Unis, la France peut débloquer la situation. »
Cependant, le politologue doute de ses chances : « Je pense que c’est un peu tard. Tous les autres acteurs, les autres membres du G7 ou des Nations unies, prennent certes la parole de la France au sérieux, mais ont aussi intégré qu’Emmanuel Macron, dans dix mois, ne sera plus là et que le prochain G7 se déroulera sans lui. Un nouveau président ou une nouvelle présidente française sera alors assis à sa place. C’est aussi ses adieux au G7 qu’il va faire à Évian. »
Des retombées nationales limitées
Si Macron ne peut espérer de succès international, peut-il compter sur des retombées nationales ? Cautrès répond : « Lui qui a une fin de mandat national tellement difficile, qui donne le sentiment de ne plus parler du tout au pays, peut peut-être espérer pouvoir dire aux Français : “J’ai beaucoup œuvré pour les questions de souveraineté, de préservation de notre souveraineté nationale à travers la souveraineté européenne. Dans ce monde fou, nous avons réussi à incarner un peu de stabilité.” »
Mais il tempère : « Les Français sont attachés à l’idée que notre chef de l’État est respecté sur la scène internationale, bien évidemment. Mais le décrochage d’Emmanuel Macron avec l’opinion est tellement important – même s’il y a eu un petit frémissement il y a deux ou trois mois – que ça ne devrait pas changer grand-chose. »
Un contexte national tragique
Interrogé sur les clins d’œil comme à Davos, Cautrès est catégorique : « Je ne pense pas, parce que ce sont des choses qu’on ne peut faire qu’une seule fois. De plus, nous sommes dans un moment extrêmement tragique au plan national, avec la mort de la petite Lyhanna. Je pense que tout le pays est profondément choqué, marqué, peiné par cette horrible histoire. Les Français ont le sentiment que l’État ne protège plus les enfants, c’est tragique comme sentiment. Alors, s’il y a vraiment un contexte où il ne faut pas s’amuser à faire le malin avec des lunettes de soleil, des gadgets comme ça, c’est vraiment en ce moment. »
Concernant la gestion de l’affaire Lyhanna, Cautrès juge : « Oui, bien évidemment. Dans sa première déclaration, il dit : “Ne me parlez pas des questions de moyens”. Il valait mieux ne rien dire. J’ai vu que lui et Brigitte Macron avaient appelé les parents de la petite Lyhanna, ça, c’est bien, c’est un geste de grande humanité, mais le pays entier attendrait plutôt que notre chef de l’État nous dise qu’il est profondément choqué. »
La réception de Trump à Versailles
Quant à la réception de Donald Trump à Versailles, Cautrès note : « C’est en effet un peu ambigu pour les Français. Tout le monde est content que notre chef de l’État reçoive en grande pompe le président le plus puissant de la planète. On est fiers que notre Versailles national soit aussi beau et on a envie de le montrer et, en même temps, ça n’est pas du tout dans l’air du temps, car l’air du temps est tragique, au plan national et au plan international. »
Bruno Cautrès est politologue, chercheur CNRS au Cevipof et enseignant à Sciences Po. Ses travaux portent principalement sur les comportements et attitudes politiques, notamment la participation et le vote, mais aussi sur la question européenne.



