Lors de son discours du 28 avril devant le Congrès des États-Unis, où il s'est rendu pour un voyage officiel de quatre jours, Charles III a prévu de mettre l'accent sur l'amitié entre les deux peuples depuis l'accession à l'indépendance des treize colonies d'Amérique il y a 250 ans. « À maintes reprises, nos deux pays ont toujours trouvé la voie pour demeurer unis. Nos nations partagent les traditions démocratiques, juridiques et sociales », a-t-il déclaré.
Un contexte de tensions transatlantiques
Dans son esprit, le premier des Britanniques va également parler au nom des Vingt-Sept qui sont actuellement en brouille avec l'irascible président MAGA. Non seulement à propos du conflit avec l'Iran qui a provoqué un choc géopolitique et économique majeur, mais aussi en raison de l'imposition unilatérale des droits de douane et du protectionnisme en matière technologique.
Starmer dans le collimateur de Trump
Les frappes israélo-américaines contre l'Iran ont mis à mal les liens patiemment tissés par le Premier ministre de Sa Majesté, Keir Starmer, avec Donald Trump. Depuis le début des hostilités, le locataire du 10 Downing Street a été dans le collimateur du chef de l'exécutif américain pour avoir refusé de se joindre à sa campagne militaire contre la République islamique. « Ce n'est pas Churchill » et la relation bilatérale n'est « plus ce qu'elle était », a notamment déclaré l'occupant du Bureau ovale, pointant du doigt les déficiences actuelles de l'armée anglaise. En outre, l'administration républicaine a remis en cause la souveraineté de la couronne sur les îles Malouines revendiquées par l'Argentine de son allié Javier Milei.
Le torchon brûle également entre la Maison Blanche et ses anciens alliés européens. Les sarcasmes adressés au couple Macron, la foire d'empoigne avec Giorgia Meloni à la suite des insultes faîtes au pape, la menace de suspension de l'Espagne de l'OTAN ou les critiques acerbes des inquiétudes exprimées par le chancelier Friedrich Merz sur l'absence de plan de sortie du bourbier iranien ont aggravé le contentieux transatlantique.
Londres veut se rapprocher de l'UE
Tout cela intervient alors que Keir Starmer veut se rapprocher de l'UE. Revenue du Brexit, Londres entend approfondir ses relations avec son premier partenaire commercial. Le récent accord passé avec Bruxelles pour la reprise du programme d'échanges étudiants Erasmus à partir de 2027, la volonté de rejoindre le marché unique, et le nouveau partenariat signé avec la France visant à enrayer les traversées de migrants attestent de cette approche.
La mauvaise conjoncture économique d'Albion comme les soubresauts de la géopolitique favorisent ce recentrage diplomatique. Selon les sondages, plus de 50 % des sujets estiment que leur pays n'aurait pas dû quitter l'UE, le 31 janvier 2020 et que le Brexit est un échec. Lors du référendum européen de 2016, 52 % du public avait soutenu la sortie contre 48 % en faveur du maintien.
Parallèlement, une majorité des Britanniques dénonce la tournée américaine des « Royals ». En particulier depuis l'injure publique faîte par Trump aux soldats européens ayant servi en Afghanistan aux côtés des États-Unis. Ces propos avaient provoqué une vague d'indignation au vu des lourdes pertes subies par le contingent britannique.
Un monarque diplomate
Le roi est particulièrement bien placé pour servir de « missi dominici » des Européens au vu de l'admiration béate de son hôte pour la royauté britannique. Paradoxalement, malgré les bisbilles, Trump est sûrement le plus anglophile des présidents américains depuis Franklin D. Roosevelt. Le président et son vice-président, JD Vance, ont choisi de passer leurs dernières vacances d'été, respectivement en Écosse et dans les Cotswolds.
Lorsqu'il était prince de Galles, le monarque n'a jamais partagé le fort tropisme américain de sa mère. Elizabeth II portait aux nues les combats livrés avec l'allié américain lors de la Seconde Guerre mondiale. Et elle avait été proche du général Eisenhower, le commandant suprême des forces expéditionnaires alliées devenu président des États-Unis par la suite. Son fils aîné se sent davantage en phase avec l'Europe, en particulier la France et l'Italie. L'Hexagone est le pays étranger que ce francophile a le plus souvent sillonné.
Par ailleurs, l'expérience unique tirée de ses rapports avec les dirigeants du Vieux continent, qu'il a rencontrés lors de son long apprentissage de futur roi, en fait un diplomate hors pair. Il s'acquitte de sa tâche avec un art consommé. Pour réussir sa prestation, il dispose de nombreux atouts : l'expérience, le goût du secret, un sens inné de la préséance et un irrésistible sens de l'humour.
Si son discours devant les chambres réunies a été écrit par une grande plume du ministère des Affaires étrangères, comme le veut la coutume, il a ajouté une petite note personnelle amusante. Fidèle à la citation de l'un de ses auteurs préférés, le satiriste Jonathan Swift, le passage dit ceci : « L'esprit, on l'a quand on ne sait pas qu'on l'a ».



