Asim Munir, le maréchal pakistanais qui médie entre Trump et l'Iran
Asim Munir, médiateur entre Trump et l'Iran

Asim Munir, le maréchal pakistanais qui médie entre Trump et l'Iran

Le président américain Donald Trump affectionne les hommes à poigne, et Asim Munir, le puissant maréchal pakistanais, ne fait pas exception. Lors du sommet pour la paix entre Israël et le Hamas en octobre 2025, Trump l'a même désigné comme son « maréchal préféré ». Aujourd'hui, cette relation personnelle place l'homme fort du Pakistan au cœur d'une médiation cruciale entre les États-Unis et l'Iran, une initiative proposée par Islamabad dès les premières semaines du conflit déclenché le 28 février dernier.

Une médiation inespérée à Islamabad

Depuis le 10 avril, les délégations américaines et iraniennes sont réunies dans la capitale pakistanaise pour esquisser les contours d'un cessez-le-feu durable. Cette reprise du dialogue entre les deux belligérants semblait improbable il y a encore quelques jours. « C'est un peu l'heure de gloire de la diplomatie du Pakistan », souligne Gilles Boquérat, chercheur sur l'Asie du Sud à la Fondation pour la recherche stratégique. Le succès de cette médiation doit beaucoup à la personnalité d'Asim Munir.

La relation privilégiée avec Trump a incontestablement facilité les négociations, selon Rana Banerjee, expert en sécurité à la retraite ayant travaillé pour les services de renseignement indiens. Le président américain a rencontré pour la première fois le chef d'état-major pakistanais à la Maison-Blanche le 18 juin 2025 pour un déjeuner en tête-à-tête. Un honneur rare, qui aurait suivi, selon Reuters, une initiative de Munir en faveur de l'attribution du Prix Nobel de la paix à Trump. De quoi flatter l'ego du président, qui s'était vanté d'avoir « arrêté la guerre entre l'Inde et le Pakistan » après quatre jours de frappes aériennes en mai 2025 entre ces deux puissances nucléaires.

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L'ascension fulgurante d'un homme de pouvoir

Nommé chef d'état-major en 2022, Asim Munir est désormais « le véritable centre du pouvoir » au Pakistan, affirme Taha Siddiqui, journaliste pakistanais en exil connu pour ses critiques envers l'appareil militaire. « Il est de facto le chef de l'État, car il contrôle toutes les institutions civiles. Il n'y a aucune limite à son autorité », explique-t-il. Né en 1968 au Pendjab dans une famille modeste – son père était professeur et imam –, Munir a gravi tous les échelons militaires pour devenir maréchal, un titre octroyé seulement une fois auparavant dans l'histoire du pays.

Son profil religieux, nourri par des études en madrassa et la mémorisation du Coran, contraste avec la tradition occidentale des officiers pakistanais. Certains médias indiens le surnomment le « général djihadiste » en raison de discours perçus comme haineux envers les non-musulmans, bien que Rana Banerjee nuance : « C'est un conservateur dans ses opinions et sa vie personnelle, mais ce n'est pas un fondamentaliste. » Gilles Boquérat voit en lui « un pont entre la tradition britannique des officiers et les éléments plus militants et islamiques de l'armée ».

La mainmise sur les institutions pakistanaises

La carrière de Munir a pris un tournant décisif en 2016 avec sa nomination à la tête des renseignements militaires, puis en 2018 à la direction de l'ISI, les services secrets pakistanais. « Le fait qu'il ait dirigé l'ISI, puis qu'il soit devenu chef d'état-major, lui confère une influence immense », note Taha Siddiqui. À la tête de l'ISI, il est entré en conflit avec l'ancien Premier ministre Imran Khan, contribuant à sa destitution et son emprisonnement en avril 2022.

Le pouvoir civil s'est progressivement effacé sous le mandat du Premier ministre Shehbaz Sharif, laissant Munir consolider son emprise. « C'est la première fois qu'un chef d'état-major manipule le parlement pour obtenir une immunité à vie », dénonce Siddiqui, évoquant des amendements constitutionnels renforçant l'influence militaire. Pour le journaliste, « Asim Munir s'apparente à un parrain dirigeant le pays comme une mafia ».

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Un pari risqué pour le Pakistan

La guerre entre l'Iran et les États-Unis a offert à Munir une opportunité stratégique. Sa médiation pourrait renforcer son pouvoir et redorer l'image du Pakistan, longtemps perçu comme un paria après son double jeu en Afghanistan entre 2001 et 2021. « Le gouvernement pakistanais démontre qu'il peut de nouveau être utile à la communauté internationale », estime Gilles Boquérat. Cependant, le défi reste de taille : Munir devra préserver un équilibre précaire entre le régime iranien et l'imprévisible Donald Trump, tout en consolidant sa position sur la scène internationale.