Le système EES déployé en France : un défi pour les aéroports et les voyageurs
EES en France : défi pour aéroports et voyageurs

Le système EES : une révolution numérique aux frontières de l'espace Schengen

Entré en service le 12 octobre dernier, le système d'entrée/sortie (EES) est progressivement mis en place aux points de passage frontaliers de l'espace Schengen, incluant les aéroports, les gares et les ports. L'objectif est d'atteindre une pleine opérationnalité d'ici au 10 avril 2026. La France prévoit un déploiement ambitieux dans pas moins de 120 sites à travers le territoire.

Une transition du manuel au numérique

Ce système innovant remplace définitivement le tampon manuel apposé par les gardes-frontières sur les passeports. Désormais, les voyageurs non européens voient leurs données enregistrées numériquement, incluant leurs noms, numéros de passeport, une photo biométrique de face et les empreintes digitales de la main droite. Ces informations sont conservées dans une base de données sécurisée pour une durée maximale de cinq ans.

Initialement prévu pour 2024, le lancement de l'EES a été reporté après les Jeux olympiques. Cette décision stratégique visait à éviter d'ajouter une contrainte supplémentaire à une activité déjà sous tension durant cet événement mondial majeur.

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Des défis logistiques et techniques majeurs

Le déploiement de l'EES coïncide avec les pointes des vacances de Pâques, soulevant des questions de pertinence. Thomas Juin, président de l'Union des aéroports français, exprime des réserves quant à une « technologie non stabilisée », particulièrement concernant les kiosques de pré-enregistrement développés par Thalès.

Dès décembre 2025, les contrôles biométriques ont commencé à être déployés sur le terrain, mais non sans rencontrer des difficultés significatives. Un exemple frappant : cet hiver, l'aéroport de Grenoble a dû réquisitionner un parking automobile pour y ranger les passagers en attente de pré-enregistrement, illustrant les problèmes d'espace et d'organisation.

Les files d'attente générées par l'EES risquent d'impacter tous les passagers, et pas seulement les voyageurs non européens. De nombreux aéroports manquent cruellement de l'espace nécessaire pour gérer ces nouvelles files d'attente, créant des goulots d'étranglement potentiels.

Qui est concerné par l'EES ?

Les passagers dispensés de l'EES incluent :

  • Les ressortissants des pays de l'Union européenne
  • Les citoyens de la Norvège, de la Suisse, du Liechtenstein, de la Suède, d'Andorre, de Monaco et de Saint-Marin
  • Les titulaires d'un passeport délivré par l'État de la cité du Vatican
  • Les personnes bénéficiant déjà de régimes d'exemption de vérification aux frontières
  • Les chefs d'État, souverains et leurs délégations annoncées par voie diplomatique
  • Les pilotes et membres d'équipage (aéronefs, cargos, croisières, ferroviaire)
  • Les marins (uniquement lorsqu'ils restent sur l'emprise du port où le bateau est amarré)
  • Les travailleurs frontaliers
  • Les services de sécurité et de secours

Modalités pratiques et conseils aux voyageurs

Les contrôles EES sont prévus à l'arrivée dans le pays de destination européen, mais également au départ. Il est fortement conseillé aux voyageurs concernés d'anticiper et de se présenter au poste de contrôle frontière deux heures avant leur vol, leur TGV ou leur bateau.

Une déception notable : le pré-enregistrement depuis chez soi via smartphone n'est possible qu'en Suède et au Portugal. Dans les autres pays, il faut recourir à des systèmes de type « kiosque » en libre accès ou à des tablettes mobiles manipulées par des agents présents dans certains points de passage frontaliers. Ces dispositifs de fluidification permettent néanmoins un franchissement plus rapide de la frontière une fois le dossier EES validé par un garde-frontière au poste de contrôle.

Perspectives futures : l'ETIAS à l'horizon

Le voyageur n'aura à effectuer l'EES qu'une seule fois lors de sa première arrivée dans l'espace Schengen. Lors des voyages suivants, il sera automatiquement « reconnu » par le système. Les points de passage frontaliers équipés des dispositifs de pré-enregistrement EES en France incluent :

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  • Aéroports : Roissy-Charles-de-Gaulle, Orly, Bâle-Mulhouse, Beauvais, Bordeaux, Lyon, Marseille, Montpellier, Nantes, Nice, Strasbourg, Toulouse
  • Gares : du Nord et de St Pancras à Londres (Eurostar)
  • Terminaux : Coquelles en France et Folkestone au Royaume-Uni (Eurotunnel)
  • Ports : Caen, Calais, Cherbourg, Dieppe, Douvres, Dunkerque, Le Havre, Marseille, Roscoff, Saint-Malo, Sète

L'Europe prépare d'autres évolutions aux frontières dans les prochains mois. L'EES fait partie intégrante du paquet « Frontières intelligentes de l'Union européenne », qui vise à améliorer la gestion des frontières extérieures grâce à des technologies de pointe et des solutions innovantes. Ce paquet comprend également le système européen d'information et d'autorisation de voyage (ETIAS), l'équivalent européen de l'ESTA américain. L'ETIAS devrait être introduit vers la fin de cette année, ajoutant une nouvelle couche à la gestion numérique des frontières.