Ajit Doval, l'homme de l'ombre qui façonne la politique indienne de sécurité et de défense
Ajit Doval, l'homme de l'ombre qui façonne la politique indienne

Ajit Doval, l'éminence grise de la sécurité indienne

Considéré par de nombreux observateurs comme l'homme le plus puissant d'Inde après le Premier ministre Narendra Modi, Ajit Doval reste méconnu du grand public international. Pourtant, ce conseiller national à la sécurité du chef du gouvernement indien accompagne systématiquement les déplacements officiels à l'étranger et participe à toutes les réceptions de chefs d'État.

Une présence constante dans l'ombre du pouvoir

Lors de la visite d'Emmanuel Macron en Inde du 17 au 19 février, le discret Ajit Doval, homme de petite taille à l'allure de comptable avec ses lunettes et sa moustache caractéristiques, était une nouvelle fois omniprésent. Cet officier de police à la retraite, né en 1945, a servi au sein de l'Information Bureau, les services de renseignement indiens.

Personnage mystérieux entouré de légendes, il aurait passé sept années comme agent infiltré au Pakistan, où il recueillait des renseignements sur les groupes terroristes. Bien que peu d'informations vérifiables existent sur ses faits d'armes, de nombreux récits héroïques circulent à son sujet. Proche du mouvement d'extrême droite Rashtriya Swayamsevak Sangh (RSS), socle idéologique du Bharatiya Janata Party (BJP) de Narendra Modi, Ajit Doval a fondé en 2009 son propre centre de réflexion.

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Un pouvoir aux contours flous mais considérable

En 2014, Narendra Modi le choisit comme conseiller à la sécurité nationale, un poste stratégique. Officiellement, son rôle consiste à superviser la sécurité de l'Inde, tant sur le territoire national qu'à l'international. Les limites réelles de son pouvoir demeurent floues, notamment en raison du caractère opaque de ses activités, comme l'explique le journaliste Praveen Donthi dans un portrait approfondi publié dans le magazine Caravan.

Son influence s'exercerait aujourd'hui de manière considérable sur les ministères de l'Intérieur, de la Défense et des Affaires étrangères. La "doctrine Doval" régit largement la politique indienne en matière de sécurité et de renseignement. L'analyste indien AG Noorani la définissait dès 2015 par "l'absence de considération pour la morale, l'extrémisme affranchi de tout calcul ou dosage, et le recours à la force militaire".

Un rôle diplomatique crucial

L'homme joue également le rôle de l'un des principaux conseillers diplomatiques de Modi. Lorsque les relations avec les États-Unis étaient au plus bas en septembre dernier, New Delhi aurait dépêché son émissaire pour rencontrer le secrétaire d'État Marco Rubio et apaiser les tensions dans un contexte de négociations commerciales difficiles, selon l'agence Bloomberg.

Bien que la partie indienne ait démenti cette information, peu de temps après cette période, les relations entre les deux pays ont commencé à montrer des signes d'accalmie. Donald Trump avait imposé en août 2025 des barrières douanières punitives de 50%, reprochant à New Delhi ses achats de pétrole russe. Ces taxes ont été ramenées à 18% et Washington affirme que l'Inde s'est engagée à ne plus acheter d'or noir à la Russie.

Au cœur des contrats de défense

Cette promesse vient perturber la politique étrangère indienne, traditionnellement fondée sur le "multi-alignement". Alliée historique de Moscou, l'Inde a toujours refusé de condamner l'invasion de l'Ukraine par la Russie. Ces dernières années, le géant sud-asiatique a néanmoins tenté de diversifier ses fournisseurs d'armement, se tournant vers Israël et la France.

L'Inde a d'ailleurs annoncé début février sa décision d'acheter 114 Rafale supplémentaires pour son armée de l'Air, après avoir déjà acquis 36 avions de combat français. Ajit Doval avait joué un rôle central dans la signature de ce méga-contrat, approuvé en août 2016, alors même qu'il ne faisait pas partie des négociateurs officiels.

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Une présence institutionnelle omniprésente

Preuve de son rôle central, lors des discussions bilatérales avec la France le 17 février à Bombay, Narendra Modi était flanqué, à sa droite, de son ministre des Affaires étrangères et, à sa gauche, d'Ajit Doval. "Il a la confiance du Premier ministre et son opinion pèse à la fois sur la politique étrangère et sur les accords de défense", confirme Nilanjan Mukhopadhyay, auteur de plusieurs ouvrages sur la politique indienne.

"Bien qu'Ajit Doval ne possède pas de position ministérielle, il est le super ministre de tout, il remplace le ministre de la Défense quand il est absent, il est là en dépit de la présence du ministre des Affaires étrangères. Il a pris une importance considérable : il est partout même là où il n'a pas lieu d'être", poursuit l'expert.

Un acteur clé des relations internationales

Pas une visite officielle sans que le conseiller à la sécurité ne s'assure des derniers réglages. C'est lui qui s'est rendu en France le 13 janvier dernier pour y présider, aux côtés d'Emmanuel Bonne, le conseiller diplomatique du président français, le 38e dialogue stratégique Inde-France. Les discussions ont porté sur la défense, mais aussi sur le nucléaire, la technologie, l'espace et l'ensemble du partenariat stratégique.

Pendant la visite du président français en Inde, les deux pays se sont mis d'accord pour coordonner leurs efforts afin de lutter contre les grands déséquilibres mondiaux, notamment sur le plan commercial. "Nous partageons l'idée que les défis mondiaux ne peuvent être surmontés qu'à travers des institutions multilatérales réformées", a estimé le Premier ministre indien.

Emmanuel Macron a proposé une "réunion ad hoc qui permettra d'établir des convergences concrètes sur l'agenda international des grands équilibres". Ce sommet pourrait avoir lieu au printemps avant celui du G7 à Évian en juin, auquel Narendra Modi a été convié. Il y a fort à parier qu'Ajit Doval, l'homme de l'ombre du pouvoir indien, sera une nouvelle fois de la partie.