Loi militaire 2024-2030 : 36 milliards d'euros pour moderniser sans augmenter les effectifs
Loi militaire : 36 milliards pour moderniser sans plus d'effectifs

Présentation du projet de loi de programmation militaire 2024-2030

Ce mercredi matin, en Conseil des ministres, la ministre des Armées Catherine Vautrin présente le projet de loi visant à actualiser la loi de programmation militaire pour la période 2024-2030. Annoncé par le président Emmanuel Macron en janvier lors de ses vœux aux armées sur la base d'Istres, ce texte prévoit une augmentation substantielle du budget des armées de 36 milliards d'euros sur les années 2026-2030. Cette enveloppe supplémentaire vise à accélérer le réarmement, une priorité constante du chef de l'État depuis son élection en 2017.

Un budget en hausse mais des effectifs stables

Si ce projet est voté, les crédits de la défense auront doublé entre 2017 et 2027, marquant un rattrapage après des années de restrictions budgétaires. Cependant, l'avant-projet de loi, consulté par Sud Ouest, est formel : cette hausse des crédits se fera « sans initier d'évolution de format ». Ainsi, la masse des armées ne s'étoffera pas, avec des flottes maintenues à des niveaux fixes : 225 Rafale (185 pour l'armée de l'air, 40 pour la marine), 15 frégates de premier rang et 200 chars Leclerc. Ces moyens bénéficieront toutefois de modernisations importantes.

Des interrogations sur les capacités opérationnelles

Le général Jean-Marc Laurent, titulaire de la chaire défense et aérospatiale à l'université de Bordeaux, souligne que « depuis 2017, le budget des armées augmente, c'est incontestable, mais cela ne se traduit pas sur le plan capacitaire ». Il note même une diminution du nombre de militaires et de matériel par rapport à 2017, sauf dans quelques secteurs. Cette situation interroge alors que le chef d'état-major des armées, le général Fabien Mandon, alerte sur la nécessité de se préparer à « un choc dans les 3-4 ans », notamment face à la Russie.

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Pour le général Laurent, la France n'est « pas prête pour une guerre de haute intensité dans la durée ». Il explique que tous les Rafale ne sont pas aptes au combat par manque d'équipements, et que leur vieillissement (les premiers ont 20 ans) réduit leur disponibilité réelle. Ainsi, malgré les investissements, le pays ne serait pas capable de mener « un combat de masse » ou « une guerre de tous les jours, avec beaucoup de morts ».

Investissements ciblés dans les munitions et équipements

À défaut d'augmenter la surface des armées, le projet de loi prévoit des investissements massifs dans les munitions et certains équipements. Selon les documents consultés :

  • Les munitions téléopérées ou rôdeuses augmenteront de +400% d'ici 2030.
  • Les bombes guidées verront une hausse de +240%.
  • Les missiles SCALP pour frappes en profondeur progresseront de +85%.
  • Les obus de 155 mm connaîtront une augmentation de +190%.

Le texte précise que « les efforts consentis permettront d'atteindre une meilleure complémentarité entre les munitions de précision et les munitions de saturation ». Côté défense sol-air, le parc de SAMP-T atteindra dix exemplaires en 2030, soit deux de plus que prévu initialement.

Nouveaux équipements et renforcement de l'artillerie

En 2030, de nouveaux équipements entreront en service, dont le Global Eye (avion de renseignement) et trois avions Archange spécialisés dans la guerre électronique. Pour l'armée de terre, la voilure des canons Caesar augmentera, avec 120 exemplaires prévus en 2030, soit onze de plus que prévu. Ces acquisitions visent à moderniser les capacités existantes sans élargir le format global.

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La dissuasion nucléaire et les actions de niche

Le général Laurent rappelle que la France excelle dans « les actions de niche comme l'entrée en premier sur un théâtre », en plus de sa mission de dissuasion nucléaire. Cette dernière bénéficiera d'ailleurs de la hausse des crédits. Cependant, cette spécialisation ne répond pas pleinement aux besoins de massification révélés par des conflits récents, comme l'enlisement de l'invasion russe en Ukraine ou l'offensive américano-israélienne contre l'Iran, marqués par une forte consommation de missiles et de drones.

En somme, ce projet de loi représente un effort budgétaire significatif pour moderniser l'armée française, mais il laisse en suspens la question de l'adaptation aux défis d'une guerre de haute intensité, où la masse des forces et la durabilité des engagements sont cruciales.