Les vins légers et sans alcool : une révolution dans le monde viticole
"Casser les codes et procurer du plaisir"… Cette devise résume parfaitement l'essor des vins légers et des boissons sans alcool, qui parviennent à séduire un large public, souvent jeune et festif. Avec une progression de 25 % en trois ans, ce marché répond à une attente croissante pour une consommation immédiate et sans contrainte, dans un contexte de déconsommation.
Qu'est-ce qu'un vin léger ?
Un vin léger se définit d'abord par sa fraîcheur, qui lui permet de rivaliser avec les bières, cocktails et autres effervescents populaires lors des soirées. Ensuite, son degré d'alcool moindre : il faut au minimum 9 degrés pour utiliser le terme "vin", mais beaucoup de professionnels placent la barre à 12 degrés pour distinguer les légers des classiques.
Pour éviter la technique de la désalcoolisation, considérée par beaucoup comme une aberration écologique, les viticulteurs optent pour des méthodes naturelles. Un ramassage précoce permet de capter les arômes, suivi d'une macération courte pour éviter les tanins trop présents.
Le succès des boissons sans alcool
Cédric Arnaud, du domaine Villa Noria à Montagnac, illustre cette tendance avec son "Levin 0 %". Bien que ne pouvant prétendre à l'appellation "vin" à 0 %, il a trouvé la parade en créant un produit sans désalcoolisation ni conservateur. Grâce à une fermentation partielle avec une levure spécifique et une bactérie acidulante, pasteurisé pour une conservation de trois ans, le succès est incroyable : 150 000 bouteilles écoulées l'an dernier, avec 300 000 espérées cette année, dont 50 % à l'export.
Des initiatives innovantes dans toute la région
À Bellegarde, dans le Gard, la coopérative des vignerons créateurs a lancé son "Kroko low", un vin à 9 degrés à base de Syrah, visant à "casser les codes parfois élitistes". Bruno Manzone, président de la cave, résume : "Nous voulions un vin qui reste du vin, tout en procurant du plaisir."
Dans l'Aude, Anne Besse de Famille d'Exéa a également saisi l'opportunité. Reprenant en 2015 un domaine historique exploité depuis 1803 à Lézignan, elle a converti 240 hectares en bio et biodynamie, produisant des vins en AOP Minervois, Corbières et IGP Pays d'Oc. Pour les vins légers, elle utilise des cépages résistants comme le muscaris allemand et le souvinier gris, récoltés très tôt pour maintenir un équilibre entre acidité, sucre et arôme.
Éduquer les jeunes palais
Anne Besse va plus loin en produisant des jus de cépages, pressés directement et flash-pasteurisés, qui se conservent trois ans. Idéaux pour être mixés en cocktails ou pour initier les plus jeunes aux nuances du raisin, ces jus complètent une gamme de vins aux arômes surprenants, trouvant leur public chez les cavistes, restaurateurs et grossistes.
Cette métamorphose du secteur viticole, alliant innovation et respect de l'environnement, montre comment les vins légers et sans alcool répondent aux nouvelles attentes des consommateurs, tout en préservant l'authenticité et le plaisir de la dégustation.



