Neuf pays ont déjà accepté d'intégrer la "dissuasion avancée" proposée par la France. Jusqu'où peut-elle aller ? Explications.
Pourquoi la France fait-elle évoluer sa stratégie ?
La donne a changé depuis le retour au pouvoir de Donald Trump en janvier 2025 : le président américain s'est rapproché de la Russie et a adopté une attitude plus agressive envers les alliés traditionnels de Washington, menaçant de ne plus protéger les membres de l'Otan. "Jusqu'à présent, on avait la certitude que la dissuasion au niveau de l'Europe était assurée par les États-Unis, aujourd'hui, il y a un doute sur la volonté américaine de l'utiliser en cas de crise majeure avec la Russie", observe le général Jérôme Pellistrandi. "Compte tenu des relations plus qu'ambiguës qu'entretient Trump avec Poutine, plus personne ne croit qu'en cas d'attaque de la Russie contre un pays balte, les États-Unis riposteraient", abonde Guillaume Ancel.
Paris adresse donc un message à Moscou : "Si les Américains ne s'engagent pas, les Français sont là."
Que prévoit le projet français ?
"On avait déjà un partenariat avec le Royaume-Uni pour développer nos armes nucléaires. On pourrait envisager désormais des exercices dans lesquels nos Rafale à capacité nucléaire se poseraient dans un pays européen", explique le général Pellistrandi. Cette "dissuasion avancée" ne prévoit pas de maintenir en permanence des armes nucléaires françaises sur le territoire d'un autre pays. "L'existence d'une dimension européenne à la dissuasion nucléaire française ne saurait remplacer la dissuasion élargie telle que pratiquée dans l'Alliance, mais elle s'y ajoute", précise le ministère des Armées.
Quels pays participeront ?
Neuf pays ont accepté : le Royaume-Uni, l'Allemagne, la Pologne, les Pays-Bas, la Belgique, la Grèce, la Suède, le Danemark et la Norvège. La France renforce sa capacité nucléaire avec la création de deux escadrons supplémentaires de Rafales d'ici 2032-2035.
Une course au réarmement nucléaire
Selon un rapport du Sipri, les neuf États nucléaires disposaient en janvier 2026 de 12 187 ogives. Les puissances dotées ont consacré près de 119 milliards de dollars à leur arsenal atomique l'an dernier, soit une hausse de 19 %. La France, quatrième puissance nucléaire mondiale, modernise en permanence sa dissuasion.
"La France a la capacité de détruire entre un tiers et les trois quarts de la Russie habitée", complète Guillaume Ancel. La décision de déclencher le feu nucléaire reste l'apanage du président français. "Mais l'arme nucléaire n'est pas une arme de guerre, c'est une arme de destruction massive. Quelqu'un peut-il garantir que la France se suicidera pour protéger la Norvège ? C'est là où est l'ambiguïté."



