Mont-de-Marsan Agglo face à ses défis financiers
À l'occasion du premier débat d'orientations budgétaires de son mandat, le président Frédéric Dutin a dressé un bilan nuancé de la situation financière de Mont-de-Marsan Agglo. Élu le 7 avril dernier, il a présenté une photographie précise et sans fioriture d'une collectivité aux comptes redressés mais confrontée à une fragilité structurelle persistante.
Un profil atypique avec des dépenses élevées
Premier constat marquant : l'agglomération présente un profil financier atypique. Avec un périmètre de compétences élargi incluant l'éducation, la politique de la ville, la culture et la jeunesse, elle affiche des niveaux de dépenses et de recettes de fonctionnement par habitant nettement supérieurs à la moyenne nationale. Pour 2025, les recettes de fonctionnement culminent à 983 euros par habitant contre 564 euros dans la strate comparable, tandis que les dépenses atteignent 870 euros contre 470 euros en moyenne.
« On est pratiquement au niveau des métropoles », a prévenu Frédéric Dutin, soulignant la nécessité de revisiter l'ensemble des compétences selon le vice-président Alain Baché, qui estime que cette organisation a « fait exploser la dépense de fonctionnement ».
Des indicateurs financiers en amélioration
Le mandat 2020-2026 a toutefois permis un redressement significatif. La progression des dépenses a été fortement ralentie, passant de 9% par an sur la période 2008-2017 à seulement 2,53% depuis 2017. Dans le même temps, l'épargne brute s'est redressée pour atteindre 13,35% en 2025 contre un peu plus de 9% en 2020, et l'épargne nette est redevenue positive après plusieurs exercices négatifs.
Autre signal encourageant : la dette du budget principal a amorcé une décrue inédite depuis quatorze ans, passant de 67,4 à 58,2 millions d'euros. « Le passage des Régies eau et assainissement en Epic en 2024 a permis de sortir 31,9 millions d'euros de dette consolidée du périmètre », a précisé l'élu.
Des projections financières inquiétantes
Derrière ces indicateurs positifs se cache une réalité plus sombre. « La situation est assainie mais structurellement fragile », insiste le président. Les projections financières à l'horizon 2029 font apparaître une dégradation progressive des équilibres, principalement due à un écart persistant entre la dynamique des dépenses (+1,56% par an) et celle des recettes (+0,68% par an).
Cet « effet ciseau » érode peu à peu les marges de manœuvre. Si rien ne change, le taux d'épargne pourrait chuter de 13,28% en 2025 à 8,30% en 2029, tandis que l'épargne nette redeviendrait négative en fin de mandat. La capacité de désendettement approcherait quant à elle les 12,5 années, flirtant avec le seuil d'alerte.
Trois pistes pour redresser la trajectoire
Face à cette équation complexe, Frédéric Dutin esquisse trois pistes d'action :
- Revoir le périmètre des compétences
- Optimiser les recettes via la tarification et les subventions
- Contenir strictement les dépenses de personnel
Le président concède cependant que le premier levier, pourtant le plus structurant, « n'est pas celui que je souhaite porter ». Plusieurs élus appellent à des choix plus tranchés, notamment Julien Paris qui invite à « hiérarchiser, prioriser et ne pas se disperser ».
Un plan d'investissement prudent
Dans ce contexte, le plan pluriannuel d'investissement se veut mesuré avec une enveloppe moyenne de 5,8 millions d'euros par an. L'enseignement constitue le premier poste dès 2026 avec 3,57 millions d'euros inscrits, portés notamment par l'opération sur le groupe scolaire Frédéric-Mistral à Saint-Pierre-du-Mont (2,46 millions d'euros) et divers travaux dans les écoles (809 000 euros).
La voirie et la mobilité représentent le second pilier avec 3,49 millions d'euros programmés en 2026, dont 1,2 million pour le pont de Saint-Avit. Certains élus comme Philippe Saës estiment cependant que cette enveloppe est insuffisante et que des travaux devront être reportés.
Un débat constructif malgré les défis
Le débat d'orientations budgétaires s'est déroulé dans un climat inhabituellement apaisé, loin des passes d'armes parfois observées lors de précédentes séances. « J'ai eu l'impression que ce n'étaient pas des interventions pour dégommer, mais pour construire », a relevé Frédéric Dutin.
Les élus de toutes sensibilités ont multiplié les contributions autour de la nécessité de hiérarchiser les priorités et de consolider la trajectoire financière. « On n'a pas raison tout seul [...] on aura raison ensemble », a conclu le président, alors que les sujets sont désormais sur la table avec une quinzaine de jours pour arbitrer avant le vote du budget communautaire du 29 avril.



