Le garde des Sceaux, Gérald Darmanin, a exclu ce lundi 8 juin 2026 toute démission, malgré les critiques émanant de la gauche et de sa propre administration. Il estime que les « défaillances » de la justice dans l’affaire Lyhanna « ne tenaient pas (à ses) instructions ». Interrogé sur son travail, il a déclaré : « Est-ce que j’ai fait mon travail de garde des Sceaux ? L’Inspection le dira. » Il a également souligné que le Parlement et les médias sont là pour contrôler son action, et qu’il s’efforce de réformer le ministère de la Justice.
Une réunion avec les procureurs généraux
Lors d’une conférence de presse tenue après une réunion avec l’ensemble des procureurs généraux, Darmanin a indiqué leur avoir demandé de « reprendre l’intégralité des plaintes qui touchent les enfants », soit environ 70 000 dossiers. Il a appelé à « la mobilisation générale » des magistrats pour « faire la vérité des chiffres aux Français sur ce qui ne s’est pas bien passé dans l’affaire ». Il a également posé la question de savoir si l’affaire Lyhanna est une défaillance ponctuelle ou si elle révèle un problème systémique plus large dans les cours d’appel et les parquets français, laissant à l’inspection le soin de répondre.
La réaction des syndicats de magistrats
Les syndicats de la magistrature ont vivement réagi. Le président de l’Union syndicale des magistrats (USM), Ludovic Friat, a jugé « inadmissible » que des magistrats soient « désignés responsables et soumis à la vindicte et aux menaces » avant même les résultats de l’enquête administrative. Dans une lettre adressée à Darmanin, il a rappelé que la « responsabilité politique » du ministre reste « entière ». Il a critiqué le fait que le garde des Sceaux ait « d’ores et déjà désigné des responsables et annoncé des sanctions disciplinaires », exerçant selon lui une « pression délibérée » sur l’Inspection générale de la justice.
Ludovic Friat a également reproché à Darmanin d’écarter la dimension systémique du drame, alors même que son porte-parole évoque « l’archaïsme » du fonctionnement de la justice. Il a interpellé le ministre : « Qui est responsable du système, sinon vous, qui gérez les moyens alloués aux magistrats et définissez une politique pénale nationale ? » Il a souligné que des dizaines de circulaires depuis 2025 ont « submergé les parquets, incapables de les absorber à moyens constants ».
Des problèmes structurels persistants
Le président de l’USM a également pointé du doigt le logiciel Cassiopée, introduit en 2009 pour informatiser la chaîne judiciaire, le qualifiant d’« inadapté en l’absence de croisement des informations et de systèmes d’alertes », et régulièrement en panne « pendant des heures ». Il a ajouté que la numérisation des procédures pénales « n’inclut pas les affaires criminelles », et que les dossiers doivent être priorisés « le plus souvent dans l’urgence ».
Alors qu’Emmanuel Macron a déclaré ne vouloir « entendre aucun argument de moyens dans cette affaire », Ludovic Friat a rappelé que « l’exigence de moyens supplémentaires n’est pas une revendication corporatiste mais la condition objective d’un droit garanti par la Constitution ».
Des procureurs généraux également critiques
Vendredi dernier, la Conférence nationale des procureurs généraux (CNPG) et celle des procureurs de la République (CNPR) avaient exprimé leur refus que des responsabilités soient mentionnées et sanctionnées avant les conclusions de l’inspection. Le président de la CNPR, Frédéric Chevallier, a noté que si le budget de la justice a augmenté ces dernières années, il ne comble pas un retard structurel : la France compte trois procureurs pour 100 000 habitants, contre 12,2 en moyenne en Europe. Il a également relevé que la justice ne représente que cinq euros sur 1 000 du budget de l’État, et que plus de la moitié du budget du ministère est consacrée aux prisons.



