Le chef du gouvernement, Sébastien Lecornu, présente ce jeudi de nouvelles mesures de soutien face à la crise énergétique, tout en préparant le terrain pour des économies budgétaires nécessaires. Face à la crise au Moyen-Orient qui s'éternise et impacte fortement l'activité économique, le Premier ministre dévoile de nouvelles aides, tout en mettant en garde contre leurs conséquences sur le budget, pour lequel des économies seront indispensables.
Un équilibre délicat entre soutien et rigueur
La marge de manœuvre du Premier ministre se réduit à mesure que le conflit se prolonge. Comment aider davantage les secteurs touchés sans creuser le déficit ou contraindre les dépenses ? Il s'agit de « trouver ce juste équilibre entre soutien au pouvoir d'achat et respect des finances publiques », résume la porte-parole du gouvernement, Maud Bregeon, également ministre déléguée à l'Énergie. Le Premier ministre apportera ses réponses lors d'une conférence de presse à 17 heures, la première depuis sa prise de fonction à Matignon, consacrée aux conséquences de cette guerre et aux « mesures de soutien à l'activité ». Cette conférence sera précédée d'une réunion ministérielle.
Une stratégie d'aides ciblées
Déclenché fin février par les États-Unis et Israël contre l'Iran, ce conflit a provoqué un blocage du détroit d'Ormuz, par où transite un cinquième du pétrole brut et du gaz naturel liquéfié. Cette situation entraîne une flambée des prix des carburants et renchérit les matériaux dérivés du pétrole, comme le plastique. Cette inflation fait grimper les intérêts de la dette publique, alors que le gouvernement souhaite maintenir le déficit à 5 % du produit intérieur brut (PIB).
Alors que la croissance est restée atone au premier trimestre, le gouvernement temporise sur les aides, qu'il veut toujours « ciblées » et non générales, écartant toute baisse de la fiscalité ou blocage des prix des carburants, comme le réclament les oppositions. « La philosophie ne changera pas », a réaffirmé mercredi Maud Bregeon. Face au débat politique qui enfle sur la taxation ou la redistribution des superprofits pétroliers, le groupe TotalEnergies joue la carte du plafonnement des prix à la pompe « tant que la crise au Moyen-Orient durera ».
Un nouveau paquet d'aides pour juin
Le chef du gouvernement doit présenter jeudi un « nouveau paquet » d'aides pour le mois de juin, destiné aux secteurs les plus touchés, comme l'agriculture, la pêche, le transport, le BTP, voire la chimie « fortement exposée ». Au vu du contexte, Sébastien Lecornu souhaite « changer d'échelle » sans abandonner « personne », en préparant les esprits au coût de la guerre qui devra être compensé.
Des économies nécessaires
Le gouvernement avait déjà annoncé mi-avril 6 milliards d'euros d'économies possibles sur les dépenses publiques en 2026, sous forme de gels ou d'annulations de crédits, dont 4 milliards sur l'État et 2 milliards dans « la sphère sociale ». Mardi, le Premier ministre a précisé qu'il envisageait de revoir cette enveloppe en raison de l'« impact » du conflit sur les finances publiques. Le rapporteur général du budget au Sénat, Jean-François Husson, membre du groupe Les Républicains (LR), a demandé mercredi au gouvernement le dépôt « sans délai » d'un budget rectificatif pour apporter une « vraie clarification » sur les économies envisagées.
« Un euro dépensé » pour soutenir les secteurs, c'est « un euro économisé ailleurs », avait prévenu début avril le ministre des Comptes publics, David Amiel. L'État ne dispose plus de « cagnotte » fiscale liée à cette inflation, avait rapporté le Premier ministre la semaine dernière, la chute de 30 % de la consommation d'essence et de gazole sur les dix premiers jours de mai ayant effacé le surplus initial de recettes fiscales.
Les entreprises s'inquiètent
Le gouvernement a récemment débloqué un « prêt flash carburant » pour le secteur du BTP et des aides à la trésorerie pour les chauffeurs de taxi. Mais certaines aides n'ont pas encore été versées, notamment l'indemnité carburant de 50 euros mensuels prévue pour les 3 millions de Français modestes dits « gros rouleurs ». La plateforme pour en faire la demande ouvrira le 27 mai. Autre conséquence de l'envolée des prix, le smic augmentera mécaniquement le 1er juin de 2,4 %, ce qui rend « impératif », aux yeux de la CFDT, l'ouverture de négociations salariales.
Les entreprises craignent de faire les frais des 6 milliards d'euros d'économies prévues et de subir un gel des allégements de charges. Un élargissement de la prime Macron (devenue en 2022 prime de « partage de la valeur »), qui permet aux entreprises de bénéficier d'exonérations fiscales tout en augmentant le revenu des salariés, « fait partie des outils que (le gouvernement) regarde », selon le ministre de l'Économie Roland Lescure. Mais avant d'augmenter les aides aux entreprises, il veut « voir si les salaires augmentent ».



