Jean-Michel Aulas échoue à Lyon : une campagne approximative face à des électeurs exigeants
Aulas échoue à Lyon : une campagne approximative coûte cher

La défaite inattendue de Jean-Michel Aulas face à Grégory Doucet

Jean-Michel Aulas se souviendra de son 77e printemps comme celui où il a échoué à décrocher les clés de l'Hôtel de ville de Lyon. Contrairement à l'ancien président du club de rugby Serge Blanco, récemment élu maire de Biarritz, l'ex-homme d'affaires lyonnais n'a pas réussi à transformer son capital de sympathie en victoire électorale. Pourtant, il avait réussi l'exploit de rassembler pas moins de sept partis du centre et de la droite derrière sa candidature.

Un favori des sondages qui s'effondre

Le maire sortant Grégory Doucet a été réélu avec 53% des suffrages exprimés ce dimanche 22 mars, créant la surprise face à un candidat qui semblait pourtant tout avoir pour l'emporter. L'affaire paraissait bien engagée pour Jean-Michel Aulas, attendu comme un messie par l'électorat lyonnais de centre-droit, très critique de la politique menée par la majorité écologiste arrivée en 2020.

L'été dernier, alors que les rumeurs enflaient autour de sa candidature, un sondage le créditait de 47% d'intentions de vote, soit vingt points devant Grégory Doucet. Mais cet avantage s'est progressivement évaporé au fil d'une campagne qui a révélé les faiblesses du néophyte en politique.

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Une campagne marquée par l'imprécision

Le candidat Aulas a trop souvent donné l'image d'un homme entré en lice sans avoir pleinement pris la mesure du terrain ni des épreuves qui l'attendaient. Ses interventions publiques étaient marquées par des imprécisions constantes dès qu'il s'agissait d'évoquer son programme ou sa mise en œuvre.

Les formules maladroites se sont accumulées, comme lorsqu'il déclarait que "les Lyonnais vivent une fatigue qui est profonde" ou qu'"il faut que Lyon redécouvre une manière de ne pas s'affronter". Ces phrases creuses et ces mots imprécis ont progressivement érodé sa crédibilité auprès des électeurs.

L'évitement médiatique en fin de campagne

Les mois de campagne n'ont pas suffi à transformer l'essai. Jusqu'au dernier moment, le candidat peinait à se détacher de ses petites fiches cartonnées, débitant des phrases hachées et peu convaincantes. Le débat organisé par BFM TV fin février a particulièrement braqué les projecteurs sur l'inconsistance de sa candidature.

Pendant cette heure et demie d'échange, celui qui se vantait de "travailler quatorze heures par jour" s'est retrouvé à plusieurs reprises incapable de préciser sa pensée ni même d'expliquer son programme de manière cohérente. Interrogé sur des sujets techniques comme le caractère payant du tunnel de 8 kilomètres qu'il proposait, il se contentait de réponses évasives du type "éventuellement, oui".

La stratégie d'évitement qui a coûté cher

En fin de campagne, Jean-Michel Aulas a adopté une véritable stratégie d'évitement médiatique. À RCF, qui l'avait invité comme tous les autres candidats à sa matinale, l'ancien patron de l'OL a posé un lapin, invoquant un "conflit d'agenda" à 7h30 du matin.

La semaine suivante, alors que ses trois autres adversaires répondaient présent à l'invitation de La Tribune, c'est Pierre Oliver, le maire LR sortant du deuxième arrondissement, qui a débattu à sa place. Le mensuel Lyon Mag a même présenté le septuagénaire comme "peu présent auprès des médias lyonnais".

Les électeurs lyonnais restent exigeants

La défaite de Jean-Michel Aulas, qui avait pourtant tout pour l'emporter - impopularité relative du maire sortant, union des partis de droite et du centre, soutien du patronat - constitue une preuve que les électeurs lyonnais demeurent des citoyens exigeants.

Ils ne se sont pas laissé attendrir par quelques mesures populistes comme la gratuité des transports ou l'absence de rémunération du maire, noyées dans un programme mal ficelé. Ils n'ont pas non plus été éblouis par l'aura d'un homme qui reste un symbole pour cette ville, mais qui n'a pas su démontrer sa capacité à la gouverner.

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Cette élection municipale lyonnaise rappelle ainsi une vérité fondamentale de la démocratie : une campagne électorale sert avant tout à confronter ses idées, en éprouver la solidité, en démontrer la cohérence et la faisabilité. S'y dérober, comme l'a fait en partie Jean-Michel Aulas, constitue une impolitesse faite aux électeurs et à la démocratie elle-même.