Alors que l’intelligence artificielle devient le nouveau terrain de conquête des géants de la technologie, SpaceX dévoile une stratégie aussi ambitieuse que risquée pour convaincre les investisseurs. Ce mercredi 20 mai, l’entreprise d’Elon Musk a levé le voile sur son dossier d’introduction en Bourse, révélant aux investisseurs l’ampleur des pertes liées à son activité dans l’IA.
Des pertes colossales malgré Starlink
Parmi les trois divisions de SpaceX, seule l’activité connectivité alimentée par Starlink, son service d’internet par satellite, a été rentable au cours des trois premiers mois de l’année. Bien que Starlink ait généré un bénéfice opérationnel de 1,19 milliard de dollars, cela n’a pas suffi à empêcher l’entreprise d’enregistrer une perte opérationnelle totale de 1,94 milliard de dollars au premier trimestre, pour un chiffre d’affaires de 4,69 milliards de dollars. Sa division IA, à elle seule, a représenté 2,47 milliards de dollars de pertes pour 818 millions de dollars de revenus.
L’IA, un gouffre financier
L’intégration par Elon Musk de la startup d’intelligence artificielle xAI, qui a certes apporté à SpaceX de nouvelles opportunités, a aussi augmenté les dépenses, représentant 76 % des 10,1 milliards de dollars d’investissements de l’entreprise au premier trimestre, notamment pour construire de grands centres de données alimentés par l’énergie solaire depuis l’espace.
Vers le premier trillionnaire de l’histoire
L’entreprise mise sur ces technologies, encore largement expérimentales, pour générer une grande partie de ses revenus futurs, afin d’atteindre un marché potentiel estimé à 28 500 milliards de dollars, précise le document. En janvier, SpaceX a également attribué à Elon Musk un paquet d’un milliard d’actions de catégorie B, qui seront acquises si l’entreprise établit « une colonie humaine permanente sur Mars comptant au moins un million d’habitants » et atteint une série d’objectifs de capitalisation portant la valeur de l’entreprise à 7 500 milliards de dollars.
Cette introduction en Bourse, prévue en juin, pourrait devenir la première entrée sur les marchés américains valorisée à plus de 1 000 milliards de dollars, propulsant immédiatement SpaceX parmi les sociétés cotées les plus valorisées au monde. Une vente d’actions réussie pourrait ainsi valoriser l’entreprise à un niveau record de 1 750 milliards de dollars, ce qui placerait son fondateur sur la voie de devenir le premier trillionnaire de l’histoire.
La « Muskonomy » en pleine expansion
Selon des analystes et universitaires, l’image de célébrité de Musk en tant que PDG pourrait peser davantage pour certains investisseurs que les fondamentaux économiques de SpaceX, car il n’existe aucune entreprise comparable permettant d’évaluer sa valorisation. « Il existe une sorte d’effet de halo autour de Musk et de sa vision non conventionnelle, explique à Reuters Reena Aggarwal, professeure de finance à l’université Georgetown. Il est difficile de valoriser des entreprises comme celle-ci parce qu’il n’y a pas de groupe de comparaison. »
D’autant que l’entreprise a adopté de nombreuses dispositions qui, prises ensemble, limitent fortement les droits des autres actionnaires : recours obligatoire à l’arbitrage pour les litiges, restrictions sur les juridictions compétentes et protection de Musk contre toute révocation par une autre personne que lui-même.
Une interconnexion croissante
L’ampleur de l’opération attire également l’attention sur la structure de plus en plus interconnectée de l’empire économique de Musk, souvent surnommé la « Muskonomy », qui comprend Tesla ainsi que ses entreprises dans l’IA et les implants cérébraux. En 2025, SpaceX a ainsi acheté pour 506 millions de dollars de systèmes de stockage d’énergie Megapack de Tesla, tandis que xAI lui a versé environ 731 millions de dollars entre le début de 2024 et février 2026. SpaceX et Tesla collaborent aussi sur une immense usine de puces appelée Terafab, ainsi que sur un projet d’intelligence artificielle nommé Macrohard. Au total, Tesla est mentionnée 87 fois dans le prospectus de SpaceX. « Nous prévoyons d’explorer d’autres domaines de collaboration stratégique avec Tesla à l’avenir », indique d’ailleurs le document.



