Saïgon-Marseille : l'armée française et le trafic d'opium
Saïgon-Marseille : l'armée française et l'opium

Une histoire occultée du trafic d'opium

Un livre choc vient de paraître, dévoilant un pan méconnu de l'histoire coloniale française. Intitulé « Saïgon-Marseille : la filière de l'opium », l'ouvrage des historiens Pierre Le Roux et Marie Dupont révèle comment l'armée française a organisé un vaste trafic d'opium entre l'Indochine et la métropole après la Seconde Guerre mondiale.

Les rouages d'un système criminel

Selon les auteurs, ce trafic aurait été mis en place dès 1945, alors que la France tentait de rétablir sa souveraineté en Indochine. L'armée aurait utilisé ses réseaux logistiques pour transporter l'opium depuis les hauts plateaux du Laos et du Vietnam jusqu'à Saïgon, puis par bateau vers Marseille. « C'était un moyen de financer des opérations secrètes et de corrompre les élites locales », explique Pierre Le Roux.

Les bénéfices étaient colossaux. L'opium était revendu à des trafiquants corses, puis distribués dans les réseaux marseillais. L'argent servait notamment à financer des actions anticommunistes et à enrichir certains officiers. Des documents d'archives inédits montrent que des généraux étaient au courant et ont couvert ces activités.

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Des conséquences durables

Ce trafic a eu des répercussions profondes. Il a contribué à la création de véritables empires mafieux à Marseille, qui ont perduré jusqu'aux années 1970. Sur le plan géopolitique, il a renforcé la dépendance de la France à l'égard de réseaux criminels en Asie du Sud-Est.

Les historiens soulignent également que cet argent a permis de financer des partis politiques en France, sans que l'on puisse préciser lesquels. « C'est un tabou qui tombe », affirme Marie Dupont. « Nous avons mis des années à rassembler les preuves, car les archives ont été détruites ou classifiées. »

Un livre qui fait débat

Publié aux éditions du Seuil, l'ouvrage suscite déjà des réactions. Certains anciens militaires contestent ces révélations, parlant de « calomnies ». Mais les auteurs restent confiants : ils ont croisé des sources multiples, allant des archives militaires françaises aux témoignages d'anciens trafiquants.

Ce livre invite à une réflexion plus large sur les liens entre l'État et le crime organisé pendant la guerre froide. Il montre comment la lutte contre le communisme a pu justifier des méthodes illégales. Une page sombre de l'histoire de France que la recherche commence à peine à éclaircir.

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