Rugby pro : une économie régulée et florissante en Nouvelle-Aquitaine
Rugby pro : économie régulée et florissante en Nouvelle-Aquitaine

Sportivement et économiquement, le rugby professionnel se porte bien, particulièrement en Nouvelle-Aquitaine. Décryptage des dynamiques à l’œuvre avec Christophe Lepetit, économiste du sport. Le Top 14 est devenu le championnat le plus attractif du vieux continent. Ce n’est donc pas un hasard si les clubs français brillent sur la scène européenne. Toulouse, La Rochelle et l’Union Bordeaux-Bègles (UBB) ont inscrit leur nom au palmarès de la Champions Cup ces dernières années. Derrière la dynamique sportive, c’est toute une économie qui s’est structurée depuis l’avènement du professionnalisme en France en 1995. Contrairement au football, le modèle repose sur une régulation. Décryptage des grandes tendances avec Christophe Lepetit, directeur des études économiques du Centre de droit et d’économie du sport de Limoges.

Comment expliquer la bonne santé du rugby professionnel en France ?

L’autorité de régulation du rugby, une autorité indépendante, souligne des évolutions très positives sur la structuration de l’économie du rugby professionnel avec des recettes en croissance. Et notamment celle du poste principal que sont les partenariats, les hospitalités. On assiste à un engouement non démenti des sponsors, annonceurs, de grandes et petites entreprises implantées sur les territoires des clubs. Elles trouvent dans le rugby un cadre intéressant pour développer des relations d’affaires, amicales… Les recettes des jours de match sont aussi en progression. Le public dans sa grande diversité est au rendez-vous. L’UBB en est l’illustration. Plusieurs clubs réussissent à remplir des stades en se délocalisant : l’UBB au Stade Atlantique, Bayonne à Saint-Sébastien, Toulon au Vélodrome.

Ce modèle est-il arrivé à maturité ?

Il continue à croître. L’un des marqueurs est l’exemple des droits TV qui vont encore augmenter sur le prochain cycle, c’est sécurisé avec Canal+. Il existe encore des marges de progression les jours de match : l’accueil dans les stades, leur taille, la qualité du réceptif. Certains clubs ont engagé de gros travaux : La Rochelle, Bayonne…

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« Les clubs de la région sont à l’équilibre ou quasiment, et n’ont pas besoin d’un apport d’actionnaire en fin de saison »

L’UBB, le Stade Rochelais, l’Aviron Bayonnais, Pau comptent parmi les bons élèves en termes de gestion. Comment l’expliquez-vous ? Les clubs de la région ont su garder les pieds sur terre. Ils sont détenus par des gens qui ont de l’argent et qui ont bâti un modèle avec la volonté de ne pas injecter leurs fonds propres de manière démesurée. Des structures qui leur permettent avec les revenus des jours de match, du sponsoring, des partenariats, d’équilibrer leurs comptes. Nos clubs sont à l’équilibre ou quasiment, et n’ont pas besoin d’un apport d’actionnaire en fin de saison.

Tous les clubs n’ont pas la même politique. On constate que le modèle des mécènes comme Toulon, le Stade Français, Montpellier affichent des comptes dans le rouge. Sont-ils mal gérés ?

Ils ne sont pas mal gérés, ce sont des choix d’actionnaire : mettre en place des structures de coût qui ne sont pas couvertes par des recettes d’exploitation, ce qui les contraint à remettre au pot à chaque fin de saison. Mais au bout d’un moment, faute de retour à l’équilibre, ils seront conduits à un moment donné de réduire la voilure. Ce n’est pas ce modèle qui a été retenu par nos clubs de la région. Derrière l’économie, il y a un élément capital : c’est la réussite sportive qui crée l’engouement autour d’un club.

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Est-ce, au fond, la plus grande fragilité du modèle ?

Est-ce que l’UBB arriverait à remplir Chaban si elle jouait le maintien ou descendrait en pro D2 ? C’est l’un des enjeux dont les économistes du sport discutent depuis des années : décorréler la réussite économique de la réussite sportive. C’est extrêmement difficile, certains y parviennent. Bayonne, après une demi-finale de Top 14, vit une saison plus difficile mais le stade est plein. La Rochelle reste très suivie après ses titres européens. Un club ne vend pas qu’un match, un résultat, mais une expérience. Je sais que le mot hérisse mais c’est la réalité : une expérience en famille, entre partenaires. La force de nos clubs, c’est leur ancrage. Ils draguent, au sens propre, leur territoire.

Le modèle du rugby est à mille lieues de celui du football. L’encadrement via le salary cap est-il une clé ?

L’objectif est d’assurer une forme d’équilibre compétitif entre les équipes. Dans le sport professionnel, la corrélation entre budget et résultats sportif n’est pas toujours vérifiée. Par contre la corrélation entre masse salariale et résultats se vérifie très souvent. Au fond, c’est une mesure qui protège les clubs d’eux-mêmes pour ne pas partir dans une course à l’armement qui pourrait être funeste. Aujourd’hui, 11 des 14 clubs sont quasiment au maximum. Toulouse tente de questionner ce seuil, mais cette décision a été prise par l’ensemble des parties prenantes du rugby. Le supprimer serait une erreur et ferait courir un grand danger aux clubs. Le constat est là : cette régulation ne pénalise pas sportivement les clubs français.