Dans une tribune publiée par Le Monde, des économistes et experts plaident pour un meilleur partage de la valeur entre le capital et le travail afin de relancer la croissance en France. Selon eux, la part des salaires dans la valeur ajoutée a diminué de près de 5 points de pourcentage depuis les années 1980, passant d'environ 68 % à 63 %, tandis que la part des profits a augmenté. Cette évolution a pesé sur la demande intérieure, car les ménages disposent de moins de revenus pour consommer.
Un constat alarmant sur la répartition des richesses
Les auteurs de la tribune soulignent que la faiblesse de la demande est l'un des principaux freins à la croissance. En France, la consommation des ménages représente environ 55 % du PIB. Or, la baisse de la part salariale réduit le pouvoir d'achat et freine la consommation. Selon l'INSEE, le taux de marge des entreprises non financières a atteint 33 % en 2022, un niveau historiquement élevé, tandis que le salaire réel médian n'a progressé que de 0,3 % par an en moyenne depuis 2010.
Des pistes pour un partage plus équitable
Pour inverser cette tendance, les experts proposent plusieurs mesures. Ils suggèrent notamment de renforcer la négociation collective dans les branches professionnelles, d'indexer davantage les salaires sur la productivité et de réduire les cotisations sociales employeurs pour favoriser l'emploi tout en augmentant le salaire net. Ils recommandent également de mettre en place une participation plus large des salariés aux bénéfices des entreprises, au-delà des dispositifs existants comme l'intéressement et la participation. Selon la Dares, seuls 4,5 millions de salariés bénéficient de l'intéressement, soit environ 20 % des effectifs du secteur privé.
Un enjeu macroéconomique et social
Au-delà de l'aspect redistributif, les auteurs estiment qu'un meilleur partage de la valeur est un levier de croissance. En augmentant les revenus des ménages, on stimule la demande, ce qui incite les entreprises à investir et à embaucher. Ils citent une étude de l'OCDE selon laquelle une hausse de 1 point de la part salariale dans le PIB pourrait accroître la croissance de 0,3 % à 0,5 % à court terme. En outre, cela réduirait les inégalités et renforcerait la cohésion sociale. Les experts appellent donc à un changement de paradigme dans la politique économique, en plaçant le partage de la valeur au cœur des priorités.



