En une trentaine d'années, Laetitia Morlat a acquis plusieurs propriétés en Dordogne pour en faire des hébergements de prestige. Elle a fondé le groupe Quiet Luxury, qui investit également dans la joaillerie et s'engage dans une activité d'agriculture biologique. Elle se confie à Sud Ouest.
Un retour aux sources
« Je suis née ici, à Fronsac. En partir, enfant, quand mon père a dû aller travailler à Tours, a été un arrachement. Cette maison, j'en rêvais, est devenue la mienne. Et, lorsque je suis arrivée l'autre matin, après plusieurs mois sans avoir pu venir, j'ai pleuré. Ce qui me fascine, c'est le paysage qui n'a pas changé. » Laetitia Morlat vibre de toute son âme pour cette commanderie du XVe siècle, où les forêts et les collines flirtent avec la Charente voisine, à l'écart de ce qu'elle appelle « la nervosité et le bruit du monde ».
C'est là que ses pas l'ont toujours ramenée, au fil d'une vie voyageuse, du Japon à la Grande-Bretagne, en passant par l'Allemagne. C'est là aussi qu'elle a naturellement ancré son groupe, Quiet Luxury. Si Baudelaire était venu à Fronsac, il ne nous en voudrait pas de le plagier : tout n'y est qu'ordre et beauté, luxe, calme et volupté. Le bling-bling et le tapage ne sont pas la tasse de thé de Laetitia Morlat, ni les chiffres à six zéros : « L'argent, ça ne s'étale pas, prévient-elle. Non, surtout pas. C'est ce que j'appelle l'intelligence du cœur. »
Cette femme discrète de 56 ans, mère de cinq enfants, reconnaît toutefois « avoir eu la chance folle, grâce à [s]on mari » de pouvoir collectionner les demeures de princesse et les restaurations à l'avenant.
Un empire hôtelier en Périgord vert
Outre Fronsac, elle est à la tête du Château de Chanet et de la Villa de La Roussie, tous deux situés à Vieux-Mareuil. Elle a également acquis, toujours en Périgord vert, le Château de Bagatelle à Saint-Front-sur-Nizonne et le Domaine de Lavy à Saint-Pierre-de-Côle. Ces propriétés, réservées à l'hébergement d'une clientèle très aisée, constituent le Domaine de Vieux-Mareuil, qui emploie à lui seul une cinquantaine de personnes à l'année.
À cela s'ajoute le Moulin de Vigonac à Brantôme, un hôtel-restaurant de charme qui devrait rouvrir en 2027 après d'importants travaux, ainsi que le Domaine de Montagenet à Saint-Martial-de-Valette, un hameau entier privatisable acheté en 2025.
Les débuts à Chanet
« Tout a commencé à Chanet, il y a exactement trente-deux ans », raconte Laetitia Morlat. Ce château d'inspiration médiévale, visible depuis la route d'Angoulême, avait été largement remanié. « Nous y avons passé notre nuit de noces : un hôtel aménagé avec l'idée de faire un certain rendement. Et, un beau jour, mon mari m'annonce qu'il a acheté cet endroit. Je le trouvais horrible avec un balcon en béton, des vitres teintées, son couloir aux chambres alignées... Son histoire se terminait un peu en peau de chagrin, il avait fermé. Il fallait une vision et mon mari l'avait pour moi : “Je suis sûr que tu vas en faire quelque chose.” Cela nous a pris des années avec des artisans locaux extraordinaires et Chanet s'est révélé. »
Chanet, avec ses 11 chambres, peut recevoir une vingtaine d'hôtes. « Naturellement », ils disposeront d'une piscine et d'un court de tennis. Le soin porté aux finitions se vérifie de pièce en pièce, à l'image des fresques du peintre-décorateur périgourdin Christophe Boucher. Comptez plus de 5 200 euros la nuit en été.
Des propriétés d'exception
Il y a eu ensuite, « par les hasards de la vie », la Villa de La Roussie, cocon douillet pour seulement huit invités, le vaste Domaine de Lavy avec ses airs de Toscane, le très romantique Château de Bagatelle, où de précédents propriétaires avaient imaginé un circuit automobile, au grand dam du voisinage et des protecteurs de l'environnement... « Je ne suis pas là pour détruire, glisse Laetitia Morlat. J'essaye de réveiller les belles endormies et j'ai besoin d'avoir des personnes heureuses autour de moi. »
Ces adresses protégées des regards indiscrets font le bonheur des mariés « instagrammables ». L'influenceuse star britannique Grace Beverley et le photographe de mode Amar Daved ont par exemple jeté leur dévolu, à l'été 2025, non pas sur un, mais sur deux des châteaux du domaine pour célébrer leur union.
La joaillerie, un autre pilier
Voilà pour le pilier « hospitalité » de l'édifice Quiet Luxury. L'architecture du groupe se complète avec les joailleries parisiennes Oscar Massin, Rouvenat et Vever. Pour l'anecdote, la papesse de la mode Anna Wintour arbore fréquemment, du gala du MET de New York à la cérémonie des Oscars, un collier de diamants roses « vintage » Oscar Massin.
« On n'achète pas quelque chose pour virer des gens. On achète pour être avec eux », insiste Laetitia Morlat, qui sort de leurs coffrets des trésors signés Rouvenat et Vever, présentant ces « bijoux qui sont des œuvres d'art » au design « années 1930 ». « Ces trois vieilles maisons appartenaient à mon meilleur ami, raconte-t-elle. Il a eu quelques difficultés financières. Mon mari m'a suggéré de faire quelque chose. J'y ai vu du sens, pour la pierre, l'histoire, l'héritage, le patrimoine. On n'achète pas pour virer des gens. On achète pour être avec eux. C'est fondamental pour moi. Et il y a aussi la circularité, ce sont des créations avec des pierres anciennes et des métaux précieux recyclés. »
Une agriculture biologique engagée
Le dernier élément de Quiet Luxury est moins étincelant à première vue, mais il s'aligne avec la quête d'écologie « humaine et environnementale » de sa fondatrice. Sous la conduite de Valérie, « une personne qu'elle aime infiniment », LaetiAgri cultive plusieurs dizaines d'hectares de terres près de Chanet. La ferme, en conversion bio, alimente les hébergements du domaine. Les fruits, légumes et fleurs sont également transformés ou vendus en direct au village de Vieux-Mareuil.
Le combat contre le cancer
Si elle a voulu ce groupe qui cultive « l'authenticité, le sens et la discrétion », lancé officiellement en 2025, c'est aussi parce qu'elle livre bataille depuis cinq années contre le cancer. Sans faux-semblants, Laetitia Morlat confie : « J'ai encore failli mourir il y a quelques semaines. J'ai mal tous les jours, mais ce n'est pas grave. La maladie m'a aidée à être en vérité. »
Debout, solaire, accompagnée par sa foi en Dieu, elle reste toujours maquillée et élégante, malgré la douleur, la fatigue et la chimio, comme le lui a fait remarquer son oncologue. Elle a refusé d'annuler la réception de la médaille du tourisme qui lui tenait à cœur, programmée dix jours après une opération du cerveau en mars 2025. « J'avais préparé une lettre à lire en mon nom si je n'avais pas survécu. C'était un tel honneur pour moi, une surprise car je n'avais rien demandé. Je n'aurais jamais imaginé tout cela, moi qui étais très mauvaise à l'école, que j'ai quittée en troisième. J'ai eu cette chance inouïe et chaque maison m'a fait grandir. »
Laetitia Morlat espère permettre à des personnes en souffrance de venir se ressourcer à Montagenet. « Le miracle est là, je suis en vie. »



