L'A-10 Warthog, le vétéran de l'US Air Force, prolongé jusqu'en 2030
L'A-10 Warthog prolongé jusqu'en 2030

Dans l’A-10 Thunderbolt II, surnommé Warthog (« phacochère »), tout est daté. Son design, son nom et même son constructeur Fairchild, un avionneur disparu qui fleure bon les années 1960. Le premier vol de cet avion méconnu mais aujourd’hui encore crucial pour les opérations de l’US Air Force a eu lieu en 1972, il y a plus d’un demi-siècle. Cette même année, Fairchild nommait un illustre directeur adjoint : l’ingénieur d’origine allemande Wernher von Braun, inventeur des missiles V2 du régime nazi pendant la Seconde Guerre mondiale puis cerveau du programme Apollo qui a emmené les premiers hommes sur la Lune. Une autre époque, un autre monde, et pourtant cet avion vole toujours.

Un scénario qui se répète

Le scénario se répète depuis deux décennies : l’US Air Force annonce le retrait de son vieil appareil d’appui rapproché au sol, le Congrès s’y oppose, et l’avion passe entre les gouttes. En avril 2026, à la surprise générale, le secrétaire à l’Air Force, Troy Meink, a officialisé une nouvelle prolongation : l’A-10 restera en service jusqu’en 2030 au moins. Selon lui, cette décision « préserve la puissance de feu pendant que la base industrielle de défense travaille à augmenter la production d’avions de combat ». Le secrétaire à la Défense, Pete Hegseth, a sobrement commenté : « Longue vie au Warthog ».

Toujours en première ligne

Ce revirement intervient alors que l’US Air Force avait accéléré les mises à la retraite : un quart de la flotte a été retiré du service actif depuis 2024 pour absorber les coûts exorbitants du nouveau chasseur F-35. La formation des nouveaux pilotes sur A-10 avait même été officiellement arrêtée début 2026. Il ne restait alors que 162 appareils en inventaire sur les 715 construits, un chiffre très faible face aux plus de 760 F-16 et 300 F-35. Mais la réalité du terrain a rattrapé les planificateurs du Pentagone…

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« L’A-10 n’est pas un avion auquel on a ajouté un canon : c’est un canon monstrueux autour duquel on a construit un avion », nous racontait fin 2025 un haut gradé de l’US Air Force, entre deux réunions à l’Otan à Bruxelles. Son canon rotatif de 30 mm peut tirer 3 900 obus par minute (65 par seconde), produisant un son caractéristique de grésillement qui a terrorisé les adversaires des États-Unis en Afghanistan, en Irak ou encore en Syrie. L’A-10 a été conçu pendant la Guerre froide pour une mission précise : détruire les colonnes de blindés soviétiques qui auraient déferlé sur l’Europe de l’Ouest. Résultat : ce tueur de chars est lent, vole bas, fait beaucoup de bruit, mais est redoutablement efficace contre les cibles terrestres.

La rusticité comme force

La force du Warthog est sa rusticité. Conçu pour absorber les dommages au combat, l’A-10 peut rentrer à sa base avec un moteur en moins, une partie de la queue arrachée ou un train d’atterrissage défaillant. Sa cellule blindée protège le pilote des armes de petit calibre, ses réservoirs sont auto-obturants et ses systèmes critiques sont redondants. Lors de l’opération américaine Epic Fury contre l’Iran en 2026, les A-10 ont été essentiels pour sauver les pilotes américains tombés en territoire iranien, alors qu’un A-10 touché par des tirs iraniens a pu rejoindre l’espace aérien koweïtien avant que son pilote ne s’éjecte en sécurité.

Le F-35 ne fait pas le même travail

C’est là que le bât blesse pour les partisans de la modernisation à tout prix. Le F-35 Lightning II, censé remplacer l’A-10 dans le rôle d’appui au sol rapproché (Close Air Support, ou CAS), n’est absolument pas conçu pour cette mission. Le F-35A emporte un canon interne de 25 mm avec seulement 180 obus – contre 1 174 obus de 30 mm pour le canon du Warthog. Et les variantes des Marines et de l’US Navy, le F-35B et le F-35C, ne disposent même pas de canon interne. Le vénérable F-16, considéré comme plus polyvalent, n’emporte que 511 obus de 20 mm.

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Au-delà des munitions, c’est toute la philosophie de combat qui diffère. L’A-10 peut voler lentement et bas, s’attarder sur la zone de combat, communiquer directement avec les troupes alliées au sol et effectuer plusieurs passes sur une cible. Le F-35, avion furtif et supersonique, est optimisé pour des frappes rapides en environnement contesté, pas pour escorter des convois ou soutenir des fantassins sous le feu.

Un chasseur de drones inattendu

La transformation de la guerre depuis l’invasion massive de l’Ukraine en 2022 a offert à l’A-10 un rôle que personne n’avait anticipé. En octobre 2025, des photos d’un Warthog ont révélé deux marques de victoire – les pictogrammes peints près du cockpit – représentant des drones Shahed iraniens abattus. L’appareil avait été modifié en urgence pour emporter des roquettes anti-drones. Bon marché, nombreuses et disponibles en grande quantité dans les stocks américains, ces roquettes permettent de neutraliser des essaims de drones à moindre coût, là où des missiles air-air coûteraient des centaines de fois plus cher.

Il semble donc logique qu’en 2026, une douzaine d’A-10 aient été déployés au Moyen-Orient dans le cadre de l’opération Epic Fury, participant aux frappes contre l’Iran, à la mise en œuvre du blocus des ports iraniens et à la protection du détroit d’Ormuz contre des vedettes rapides iraniennes. L’US Air Force a même doublé la taille de son contingent de Warthogs dans la région en avril 2026.

Le Congrès comme dernier rempart

Derrière la survie de l’A-10 se cache aussi une bataille politique. Depuis des années, le Congrès bloque systématiquement les tentatives de l’Air Force pour se débarrasser de l’appareil. Pour l’exercice 2026, cette dernière n’a pas le droit de descendre en dessous de 103 appareils opérationnels, et le projet de loi pour 2027 tablerait sur le même chiffre. Les élus des États accueillant les bases aériennes qui opèrent le Warthog, alertés par les citoyens et des vétérans qui lui vouent une affection particulière, résistent à chaque tentative de mise à la retraite.

L’argument financier joue également. L’Air Force estime qu’elle économiserait 400 millions de dollars en retirant l’A-10 de son budget 2026. Mais face au coût astronomique du F-35, dont le programme total dépasse les 400 milliards de dollars selon le Government Accountability Office, soit le programme d’armement le plus cher de l’histoire, et aux retards de livraison chroniques, le Warthog apparaît comme une solution d’appui au sol fiable, éprouvée et infiniment moins coûteuse à l’heure de vol. Ainsi, en attendant que l’Occident développe des drones de combat capables de reprendre le rôle des A-10, il est probable que ceux-ci continuent de faire rugir leur canon rotatif.