La France demeure le pays le plus attractif d’Europe pour les investisseurs étrangers, selon le baromètre EY dévoilé ce jeudi. Pour la septième année consécutive, l’Hexagone arrive en tête avec 852 projets d’investissement réalisés en 2025, devant le Royaume-Uni (730) et l’Allemagne (548). Cependant, ce chiffre est en baisse de 17 % par rapport à 2024, une des plus fortes chutes du baromètre.
Une baisse significative des investissements
Le nombre d’investissements étrangers en France a diminué de manière significative, passant de 1 027 en 2024 à 852 en 2025. Cette baisse est plus marquée que chez ses concurrents : le Royaume-Uni chute de 14 %, l’Allemagne de 10 %, tandis que la Turquie progresse de 20 %, la Pologne de 10 % et l’Espagne de 7 %. Marc Lhermitte, directeur associé chez EY, explique : « La réduction est quand même assez significative. Le climat et les flux d’investissement se sont énormément réduits en 2025, notamment en Europe. La France a été plus impactée parce qu’elle partait de plus haut mais aussi parce qu’elle a ses propres problèmes, comme l’instabilité politique. »
Des secteurs industriels en vedette
Près de la moitié des investissements (42 %) sont industriels, notamment dans l’aéronautique, l’agroalimentaire, l’énergie et la défense. Par exemple, l’allemand Siemens a réinvesti plus de 200 millions d’euros dans son site du Havre pour fabriquer des pales d’éoliennes de 115 mètres, parmi les plus longues du marché. Le portugais Tekever a implanté une usine de 4 500 m² à Cahors (Lot) pour fabriquer des drones.
Un recul des investissements américains et allemands
Les entreprises américaines et allemandes, traditionnellement les plus investisseuses en France, ont réduit leurs projets. Depuis 2022, leurs investissements ont diminué de moitié. « L’Allemagne, en pleine crise, préserve ses capacités industrielles sur son sol et ralentit les projets hors de ses frontières », note Marc Lhermitte. Aux États-Unis, cette tendance s’est accentuée sous Donald Trump, avec une approche plus patriotique et coercitive. Malgré tout, les États-Unis restent le premier financeur étranger avec 19 % des investissements. Kyndryl, issue d’IBM, va investir environ 100 millions d’euros sur trois ans à Sophia Antipolis (Alpes-Maritimes) dans un hub numérique dédié à l’IA et à la cybersécurité.
L'IA en plein essor, l'automobile en crise
Si certains secteurs comme la chimie et surtout l’automobile (-46 % par rapport à 2024) sont en forte baisse, l’intelligence artificielle connaît un essor remarquable. La France est devenue le premier pays d’accueil des entreprises 100 % IA. L’emploi créé par ces investissements est en légère baisse : 27 921 postes, soit -4 % par rapport à 2024, contre -25 % en moyenne en Europe. Le Royaume-Uni, avec moins d’investissements, a créé un millier d’emplois de plus. Les emplois se concentrent sur une poignée de projets : environ 5 % des investissements fournissent 50 % des emplois. Amazon a annoncé la création de près de 5 000 postes sur ses plates-formes logistiques à Colombier-Saugnieu (Rhône), Illiers-Combray (Eure-et-Loir) et Beauvais (Oise).
Des atouts reconnus mais des points faibles persistants
Malgré cette érosion, les atouts de la France sont bien reconnus : taille du marché, capacité d’innovation (notamment dans le quantique), qualité des infrastructures, énergie décarbonée et main-d’œuvre qualifiée. Cependant, la pression fiscale et le coût du travail restent structurellement élevés, ce qui freine les investissements, notamment dans l’industrie. Interrogés sur l’avenir, 69 % des dirigeants étrangers n’anticipent pas d’amélioration de l’attractivité de la France avant deux ou trois ans, mais 57 % envisagent encore d’investir en France cette année.



