Édouard Philippe visé par une enquête du PNF pour des soupçons de favoritisme
Édouard Philippe visé par une enquête du PNF

Alors qu'il est lancé dans la course vers l'Élysée, c'est un coup dur pour Édouard Philippe. L'ancien Premier ministre et maire du Havre est visé par une enquête du Parquet national financier (PNF). Détournement de fonds publics, harcèlement moral ou encore prise illégale d'intérêt : 20 Minutes fait le point sur la plainte visant le candidat à la présidentielle 2027.

Qui est la plaignante ?

« Judith » (prénom modifié) était directrice générale adjointe de la communauté urbaine Le Havre Seine Métropole, de septembre 2020 à avril 2023. Elle a déposé une première plainte en septembre 2023 auprès du PNF, qui a ouvert une enquête préliminaire et mené des perquisitions en avril 2024. Puis une deuxième en juin 2025, cette fois avec constitution de partie civile.

Selon la plainte, elle a été « témoin de pratiques et manœuvres particulièrement graves et manifestement illégales, de la part d'élus de la communauté urbaine », dont l'ancien Premier ministre. Ses « alertes internes n'ont pas permis de faire stopper les pratiques douteuses et ont été à l'origine de comportement et propos harcelants de la part de sa hiérarchie », affirme-t-elle.

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En janvier 2025, « Judith » a obtenu le statut de lanceuse d'alerte – contesté par Édouard Philippe. Elle l'avait sollicité auprès du défenseur des droits en mars 2023 en raison de la « dégradation de ses conditions de travail et du harcèlement moral » subis, selon elle, après les alertes lancées. Son contrat n'a ensuite pas été renouvelé. Promue à l'ENA en 2004, « Judith » a exercé diverses fonctions de cadre dirigeante dans les fonctions publiques d'État et territoriale, et avant cela dans le privé.

Qu'est-ce que la Cité numérique, au cœur de la plainte ?

La Cité numérique est un tiers-lieu visant à favoriser l'émergence de projets innovants. « Judith » explique que la Cité lui fut tout de suite désignée comme un dossier principal. Mais dès les premiers mois, elle constate « une opacité dans la gestion de l'association » LH French Tech, chargée de gérer l'établissement. Elle racontait qu'on lui avait fourni « des réponses très vagues sur les dépenses », lui reprochant « des velléités d'ingérence ». Fin 2021, obtenant finalement des chiffres après de multiples relances, elle affirmait découvrir le « très faible niveau d'activité » de la Cité et « des montants de salaire et charges de personnels exorbitants ».

Qui sont les personnes visées par la plainte ?

La plainte déposée par Me Jérôme Karsenti, au nom de « Judith », vise Édouard Philippe, président de la communauté urbaine, Stéphanie de Bazelaire, adjointe au maire chargée de l'innovation et du numérique, et Claire-Sophie Tasias, directrice générale des services de la communauté urbaine. Y sont listés des faits de harcèlement moral, favoritisme, détournement de fonds publics, prise illégale d'intérêt et concussion. La plainte demande que la justice étudie « si un pacte a été conclu » entre Édouard Philippe et Stéphanie de Bazelaire, présente sur sa liste aux municipales de 2020 et présidente bénévole de LH French Tech, « caractérisé notamment par un soutien politique, financier et relationnel en contrepartie de la gestion de la Cité numérique ».

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Sur quoi portent les soupçons ?

Les soupçons portent sur une convention d'objectifs pluriannuelle pour l'animation de la Cité numérique, signée en juillet 2020. LH French Tech a été désignée après un appel à manifestation d'intérêt lancé par la communauté urbaine et dans le cadre d'un service d'intérêt économique général (SIEG). L'association, seule candidate, devait toucher 2,154 millions d'euros de compensation de service public pour mener des projets. Selon la plainte, LH French Tech a été créée en avril 2020 par la colistière d'Édouard Philippe dans le seul but de répondre à ce projet. Un rapport d'audit du cabinet EY, remis à la communauté urbaine en 2020, indiquait clairement que le choix pour le SIEG générerait des « risques non négligeables de requalification en marché ou en concession », selon la plainte. Le tribunal judiciaire du Havre a prononcé la liquidation de LH French Tech en avril 2023, mais « il ne ressort pas des éléments du dossier que cette liquidation aurait été motivée par autre chose que le risque pénal et pécuniaire encouru, au vu de la chronologie », affirme encore Me Karsenti.

Qu'a décidé la justice ?

Le doyen des juges d'instruction a saisi le 3 mars dernier le PNF, entraînant la clôture de l'enquête préliminaire, ainsi que des réquisitions de ce parquet, le 7 mai, pour qu'un juge d'instruction soit chargé de l'enquête. « Une fois qu'une plainte avec constitution de partie civile est déposée, l'action publique est mise en mouvement et le parquet n'a pas d'autre choix que de solliciter l'ouverture de l'information judiciaire », explique une source judiciaire.