En avril, dans le Libournais ou le Médoc, des propriétés viticoles un temps rebaptisées Lapin impérial ou Antilope tibétaine sont revenues sous pavillon tricolore. Retour sur une affaire qui avait fait grand bruit.
Une initiative commerciale malheureuse
L’affaire avait provoqué étonnement et défiance envers les investissements chinois. En 2019, l’écrivain Philippe Sollers avait même écrit une lettre à Alain Juppé. Deux ans plus tôt, quatre domaines bordelais appartenant à l’investisseur chinois Chi Keung Tong avaient été rebaptisés de noms exotiques. Le château Larteau, à Arveyres, était devenu Lapin impérial, et le château Sénilhac, à Saint-Seurin-de-Cadourne, Antilope tibétaine. L’initiative commerciale destinée au marché chinois s’est avérée être un flop retentissant, plombée par la crise sanitaire et ses conséquences financières.
200 000 bouteilles invendables à réétiqueter
À Arveyres, le château Larteau a retrouvé fière allure. Denis Chazarain et Pierre-Yves Rigaux, deux professionnels de la finance internationale, ont racheté les quatre propriétés girondines à l’été 2022 : trois sur la rive droite (Larteau, Tour Saint-Pierre à Saint-Émilion, Clos Bel-Air à Pomerol) et une sur la rive gauche (Sénilhac dans le Haut-Médoc). « En arrivant ici, les Chinois ont démarré tout feu tout flamme, mais ils se sont ratés sur le marketing de leur propre marché », explique Denis Chazarain. La reprise a réservé des surprises : végétation anarchique, squatteurs, dettes et 200 000 bouteilles floquées « Lapin impérial » ou « Lapin d’or », invendables, à réétiqueter.
Redonner leurs lettres de noblesse
« Les châteaux ont été abandonnés durant près de trois ans », résume Denis Chazarain. L’ambition est de redonner leur renom à ces propriétés historiques. Les domaines se promeuvent lors des primeurs en Gironde et un stand est prévu au Vinexpo asiatique à Singapour. « Le vin reste une affaire lente. Il faut rendre la renommée à nos propriétés et trouver de nouveaux relais commerciaux. Nous avons remis le drapeau français dessus », confie-t-il. L’investisseur vise une production de très bonne qualité : faire de la Tour Saint-Pierre un Saint-Émilion Grand cru, propulser Sénilhac parmi les crus bourgeois supérieurs, et faire du Clos Bel Air un grand Pomerol.
Nouvelles cuvées et diversification
Denis Chazarain souhaite se positionner sur plusieurs segments : une petite production de rosé (Aérial, IGP Atlantique, 6 000 bouteilles), une cuvée pour le marché mongol (L’Émissaire), et un blanc de noir pour le millésime 2023. Un blanc très qualitatif élevé en fût neuf est envisagé grâce aux vignes de sauvignon gris plantées au château Sénilhac.



