Choose France 2026 : 93 milliards d'euros d'investissements annoncés
Choose France 2026 : 93 milliards d'euros d'investissements

Quatre cents patrons de multinationales, des petits fours au château de Versailles, et Emmanuel Macron en maître de cérémonie. Depuis 2018, le sommet Choose France est devenu l'un des rendez-vous annuels les plus convoités du calendrier économique français. Et ce lundi, la neuvième et dernière édition de la présidence Emmanuel Macron a été l'occasion d'annoncer 93 milliards d'euros d'investissements et 71 projets. Est-ce une bonne « der » pour le chef de l'État qui, pendant dix ans, s'est souvent transformé en VRP pour le commerce français ?

Un bilan flatteur mais nuancé

Le bilan, à première vue, est indéniable. La France conserve en 2026 sa première place européenne pour l'accueil des investissements directs étrangers (IDE), avec 852 projets recensés, devant le Royaume-Uni (730) et l'Allemagne (548), selon le baromètre EY pour l'attractivité française. Cocorico : c'est la septième année consécutive que l'Hexagone occupe le haut du podium.

Campagne de pub et diplomatie économique. Pour les économistes, l'événement en lui-même mérite d'être remis à sa juste place. « Choose France, c'est un signal envoyé aux investisseurs, une sorte d'opération de com, relève Isabelle Méjean, économiste, professeur à Sciences Po et conseillère scientifique au Centre d'études prospectives et d'informations internationales (CEPII). Si cette communication peut être utile à la marge, la localisation des investissements est d'abord déterminée par des éléments plus structurels. » Au choix : l'accès à un marché français de 70 millions de consommateurs, à celui de l'Union européenne (440 millions) ou des politiques de fiscalité avantageuses. Sylvain Bersinger, fondateur du cabinet Bersingéco, est plus direct : « C'est le reflet de décisions déjà engagées. Ça ne peut être que bénéfique, mais c'est une part infime de la décision finale. »

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L'effet Macron : réel mais limité

Difficile donc d'isoler un éventuel « effet Choose France » du reste. Ou même un apport d'Emmanuel Macron. « L'attractivité de la France, qui était tombée au milieu des années 2010, remontait déjà en 2016-2017, avant le premier quinquennat Macron, rappelle Vincent Vicard, analyste du commerce international au Cepii. Et les investissements se concrétiseront largement après son départ. »

Le rôle du chef de l'État dans la séduction des investisseurs est réel, mais restreint. Emmanuel Macron a certes fait de la diplomatie économique, en emmenant dans ses bagages des chefs d'entreprise et des contrats à signer. Mais c'est loin d'être le seul, en France comme à l'étranger. « Le président est important sur des sujets régaliens (armement, nucléaire), ne serait-ce que parce qu'il autorise la vente, reprend Sylvain Bersinger. Mais pour des biens de consommation courante, le politique ne joue pas tant que ça. » Isabelle Méjean pointe une autre limite : « Il n'y a pas tellement de preuves empiriques que cette diplomatie économique fonctionne. Mais s'il le fait, c'est que ça doit marcher pour lui. »

Une réindustrialisation en demi-teinte

Et cette mise en scène cache quelques ombres au tableau. Toujours selon EY, le nombre de projets d'implantation et d'extension étrangers en France a reculé de 14 % en 2024. Les créations de postes générées par ces projets ont diminué de 27 % entre 2023 et 2024. Et les projets en France sont moins générateurs d'emplois qu'ailleurs. En outre, il aura fallu attendre la huitième édition, en 2025, pour mettre à l'honneur les investisseurs français et le made in France.

« Ce n'est pas avec des investissements étrangers qu'on fait une politique de réindustrialisation, tranche Vincent Vicard. On parle de quelques milliers ou dizaine de milliers d'emplois. » Et dans un contexte où la situation budgétaire française a pu inquiéter les investisseurs, la stabilité politique et réglementaire compte au moins autant que les dîners à Versailles. Sylvain Bersinger l'exprime sans détour : « C'est très bien qu'Emmanuel Macron se mouille, mais ça ne va pas décider les investisseurs. À choisir, il aurait mieux fait de ne pas faire sa dissolution ! »

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