Un collectif de hauts fonctionnaires, réunissant des membres de l'Inspection générale des finances, du Conseil d'État et de la Cour des comptes, a publié ce lundi une tribune dans laquelle ils appellent à un changement de regard sur les mobilités professionnelles entre le public et le privé. Selon eux, le départ d'un haut fonctionnaire vers le secteur privé ne devrait plus être perçu comme une « démission » ou une « trahison », mais comme une étape normale dans une carrière, bénéfique à la fois pour l'individu et pour l'administration.
Un constat partagé
Les auteurs de la tribune estiment que la culture actuelle de la haute fonction publique française est trop souvent marquée par une défiance envers le secteur privé, ce qui freine les échanges de compétences. « Nous avons besoin de fonctionnaires qui connaissent le monde économique pour mieux réguler et accompagner les entreprises », écrivent-ils. Ils soulignent que de nombreux pays, comme le Royaume-Uni ou le Canada, encouragent ces allers-retours entre les deux sphères.
Des propositions concrètes
Pour faciliter ces mobilités, le collectif propose plusieurs mesures : la création d'un statut de « fonctionnaire en mobilité » qui permettrait de conserver certains droits pendant un passage dans le privé, la mise en place de passerelles plus claires entre les corps, et la valorisation des expériences privées dans les parcours de carrière. Ils suggèrent également de revoir les règles de cumul d'activités pour éviter les conflits d'intérêts, tout en assouplissant les conditions de retour dans la fonction publique.
Un enjeu d'attractivité
Cette tribune intervient dans un contexte où l'État peine à attirer et retenir les talents, notamment dans les filières techniques et numériques. « Si nous voulons que les meilleurs rejoignent la fonction publique, il faut leur offrir des perspectives de carrière variées », insistent les signataires. Ils rappellent que la mobilité peut aussi être un moyen de lutter contre l'entre-soi et de renouveler les profils au sein de l'administration.
Réactions contrastées
Si certains syndicats de fonctionnaires saluent l'initiative, d'autres s'inquiètent d'un risque de « pantouflage » accru, où des hauts fonctionnaires utiliseraient leurs réseaux pour favoriser des entreprises privées. Le collectif répond que des garde-fous existent déjà, comme la déontologie et la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique, et qu'il s'agit avant tout de moderniser la gestion des ressources humaines de l'État.
Le gouvernement, par la voix du ministre de la Transformation et de la Fonction publiques, a indiqué suivre ces propositions avec intérêt. Une mission d'information parlementaire devrait être lancée dans les prochaines semaines pour étudier les pistes évoquées. En attendant, le débat est lancé sur la nécessité de faire évoluer la culture administrative française.



