En quarante-cinq ans, Vincent Bolloré a transformé l'entreprise familiale en un géant du divertissement et des médias. Financier redoutable, fervent catholique, quinzième fortune de France selon « Challenges », il est le capitaine d'un empire aussi transversal qu'incontournable. Aujourd'hui, le groupe est présent dans l'édition via Hachette Livre (Grasset, Fayard, Stock, Calmann-Lévy, JC Lattès, Larousse…), dans le cinéma et la télévision avec le groupe Canal (Studio Canal, CNews), la radio (Europe 1, Europe 2, RFM), la presse avec le « Journal du Dimanche » et Prisma Media (« Télé-Loisirs », « Capital », « Voici », « Femme actuelle », « Géo »…), la publicité (Havas Media), les salles de spectacle (Olympia, Théâtre de l'Œuvre), et la distribution physique avec l'enseigne Relay (plus de 450 points de vente dans les gares, aéroports et stations de métro).
Les origines de l'empire
La source de cette saga est la manufacture de papier d'Odet, dans le Finistère, fondée en 1822, dont le milliardaire a célébré le bicentenaire en costume breton en 2022. Alors qu'il est encore jeune banquier d'affaires à Paris au début des années 1980, Vincent Bolloré sauve l'entreprise familiale en 1981 en reprenant avec son frère les usines Odet-Cascadec-Bolloré (OCB), à l'agonie. Il passe du papier à cigarettes au film plastique, puis aux condensateurs électriques. Bolloré Technologies entre en Bourse en 1985.
Le tournant de la TNT
Cette aventure lui donne une image de patron sympathique, proche de la jeune droite libérale – François Léotard, Alain Madelin et Gérard Longuet, son beau-frère par alliance. Ses affaires se développent, les raids s'enchaînent, ciblant notamment les médias : Bouygues (maison mère de TF1), Pathé, Havas, Ubisoft. « C'est un prédateur. Il se cache puis, comme un diable qui sort de sa boîte, il agit », juge un ex-collaborateur.
Au lancement de la télévision numérique terrestre (TNT) en 2005, Vincent Bolloré gagne sa première chaîne, Direct 8. Il la revend à Canal+ contre des parts de sa maison mère Vivendi, dont il prend le contrôle en 2014 et qui est scindée fin 2024.
Changements et controverses
Sous sa houlette, Canal+ change : éviction de cadres, fin du « Zapping » ou des « Guignols ». La rédaction d'iTélé (qui deviendra CNews) entame une grève historique, comme celles d'Europe 1 puis du « Journal du dimanche » plusieurs années après. Une autre télé de la galaxie Bolloré, C8 (anciennement Direct 8), perd son autorisation d'émettre en 2025, à cause des dérapages de son animateur vedette, Cyril Hanouna, considéré comme un proche de l'industriel.
Retraité très actif
En 2022, le groupe Bolloré se sépare de son emblématique branche logistique en Afrique (ports, entrepôts, etc.). Les activités africaines du milliardaire lui vaudront d'être jugé en décembre à Paris, notamment pour corruption au Togo entre 2009 et 2011. Officiellement en retrait, il continue de tenir fermement les rênes de la holding familiale. Sous son contrôle, deux de ses fils, Cyrille et Yannick, dirigent respectivement les groupes Bolloré et Havas.



