Alternance : un succès fulgurant avec plus d'un million de contrats en 2026
Alternance : plus d'un million de contrats en 2026

L'alternance, qui permet de travailler en entreprise tout en préparant un diplôme, est devenue un mode de formation très prisé avec plus d'un million de contrats en 2026. Décryptage de ce succès fulgurant.

Qu'est-ce que l'alternance et quel est son but ?

C'est une modalité pédagogique. Comme son nom l'indique, il s'agit d'un aller-retour permanent entre les connaissances théoriques enseignées et leur mise en pratique en entreprise. Le but est d'insérer les apprenants dans le monde professionnel et de leur assurer une meilleure employabilité.

Convaincue qu'« on ne s'arrête pas d'apprendre à la fin d'un diplôme », Laurence Geny-Denis, vice-présidente de l'université de Bordeaux, est en charge de la formation tout au long de la vie. Professeure de biochimie et physiologie du raisin, elle est impliquée dans la formation depuis 2005 avec la création de la première licence professionnelle des métiers de la vigne et du vin. C'est à l'Institut des sciences de la vigne et du vin qu'elle a mis en place l'alternance au sein des diplômes pour continuer, depuis 2022, à structurer l'offre complète de formations post-bac.

Bannière large Pickt — app de listes de courses collaboratives pour Telegram

La réussite professionnelle des étudiants est aussi une priorité de la fac. Pourtant, quand on dit alternance, on ne pense pas immédiatement à l'université. Dès 1995, l'IAE de Bordeaux, qui forme à la gestion et au management, a proposé de préparer des diplômes à bac +5 par apprentissage. Puis les centres de formation d'apprentis ont vu le jour. Et quand les facultés ont fusionné, il n'y a plus eu que le CFA de l'université de Bordeaux pour harmoniser les pratiques et afficher la volonté de la fac de s'engager dans l'apprentissage. La loi de 2018 dite pour la liberté de choisir son avenir a ouvert le champ de l'apprentissage et organisé son financement.

La fac, ce ne sont pas que des diplômes généralistes, il y a aussi les diplômes professionnalisants. L'université est adaptée à ce mode d'apprentissage. L'université de Bordeaux compte 54 000 étudiants dont 1 900 apprentis dans 115 formations. Toutes se font aussi en formation initiale, il n'y a pas de 100 % apprentissage.

Quel est l'intérêt de l'alternance pour l'apprenti, l'entreprise et l'organisme de formation ?

L'alternance, c'est un contrat tripartite. Pour l'apprenti, c'est indéniablement un atout. C'est un nouveau mode d'acquisition des connaissances avec une approche par la compétence. Il a de suite un ancrage professionnel, il renforce son réseau, il réduit le risque de déception à l'embauche, il est rémunéré tout en continuant à étudier et il est accompagné. En effet, la loi oblige à un suivi pédagogique – il y a 500 tuteurs pédagogiques à l'université de Bordeaux – et impose un maître d'apprentissage.

Pour l'entreprise, cette période d'alternance est un outil de prérecrutement. Ce n'est pas un stage de 15 jours ou un mois. Pendant un an ou deux, elle forme un jeune à sa spécialité, ses besoins réels et spécifiques. Elle est actrice de sa formation. Elle favorise les échanges intergénérationnels en son sein, elle s'engage à donner des missions à l'apprenti qui n'est ni stagiaire ni salarié au rabais, et à développer ses compétences. Dans plus de la moitié des cas, nos entreprises partenaires proposent une suite à la fin de la formation en alternance.

Pour le CFA, cela permet de mieux articuler les formations professionnalisantes aux besoins des entreprises, de renforcer nos ressources propres grâce au financement et surtout de favoriser l'ascension sociale. Une enquête nationale a révélé que, dans les masters ouverts en alternance, le nombre d'étudiants nés de parents ouvriers était beaucoup plus important que dans ceux suivis en formation initiale. C'est le salaire reçu qui permet cet accès.

Qu'est-ce qui explique le succès fulgurant de la formation en alternance ?

Le fait qu'elle soit largement financée ? Il ne faut pas mettre l'aspect « financement » en premier pour analyser le développement de l'apprentissage. En infrabac, cela a toujours existé dans les lycées professionnels avec les certificats et brevets d'aptitudes professionnelles (CAP et BEP). Cette voie d'enseignement a fait ses preuves en Europe et notamment en Allemagne.

Bannière post-article Pickt — app de listes de courses collaboratives avec illustration familiale

L'efficacité en matière d'insertion professionnelle largement démontrée explique le succès de l'alternance. Il y a en outre un changement de perception de la société sur l'apprenti. Dans l'inconscient collectif, on ne dit plus « tu fais un apprentissage parce que tu n'es pas bon à l'école » ou « c'est une voie de garage ». Ce n'est plus dévalorisant. Au contraire : c'est plus dur car il faut mener une double vie d'étudiant et de salarié. Cela démontre désormais sa capacité d'adaptation et sa motivation.

Des dysfonctionnements et des ajustements

Il semble qu'il y ait eu des dysfonctionnements voire des abus. Le dispositif a été revu car il pèse sur les finances publiques. Il y a peut-être eu un effet opportuniste pour certains organismes de formation et entreprises car la loi a facilité le financement du dispositif. Le nombre de contrats et de centres de formation a augmenté plus vite que les ressources. Il a fallu ajuster. D'abord en vérifiant la qualité des formations proposées et leur adéquation avec le monde socioprofessionnel. La certification type Qualiopi est par exemple un gage de non-dysfonctionnement. La remise en question aussi, avec une amélioration continue des formations.

Il y a eu une baisse des niveaux de prise en charge, l'instauration d'une participation obligatoire de l'entreprise à hauteur de 750 euros par contrat d'apprentissage et une priorisation du financement de l'apprentissage en fonction des besoins du marché du travail vers des sections plus en tension.

L'alternance est-elle appelée à durer ?

L'alternance n'a pas vocation à s'immiscer partout. Tous les cursus ne s'y prêtent pas et cela ne convient pas à tous les étudiants tout comme le cursus classique ne plaît pas à tous. Cela doit rester une des modalités pédagogiques et non devenir la norme. Pour autant, l'alternance n'est pas morte demain, au contraire. Il faut développer ce format, le maintenir et l'assurer car c'est un levier de réussite et de valorisation du jeune.

Cet article est issu du supplément thématique gratuit « Sport, vin, drones, social, industrie… Malgré les aléas, l'alternance tient le cap », à retrouver dans les éditions de « Sud Ouest » du mercredi 20 mai 2026, sur sudouest.fr et sur le kiosque.