La Russie durcit sa répression numérique en bloquant WhatsApp
Le Kremlin a officiellement annoncé, ce jeudi 12 février, le blocage de la messagerie américaine WhatsApp sur son territoire. Cette décision intervient après des accusations de réticence de l'entreprise à se conformer à la législation russe. Par la voix de son porte-parole Dmitri Peskov, la présidence russe a confirmé la mise en œuvre de cette mesure restrictive, tout en encourageant la population à adopter MAX, une alternative locale lancée en 2025.
Une alternative russe promue activement
Dmitri Peskov a présenté MAX comme une messagerie nationale en émergence, incitant les utilisateurs à migrer vers cette plateforme. Déjà, des témoignages indiquent que l'application, qui revendique plus de 75 millions d'utilisateurs, remplace progressivement WhatsApp dans certains contextes, comme les communications scolaires. Une Moscovite anonyme rapporte que depuis fin décembre, l'école de sa fille utilise exclusivement MAX pour les échanges liés aux activités pédagogiques, affirmant que WhatsApp ne marchait plus du tout.
Des réactions mitigées face au blocage
WhatsApp a vivement dénoncé cette décision, la qualifiant de recul qui réduit la sécurité des personnes en Russie, en privant plus de 100 millions d'utilisateurs d'une communication privée et sécurisée. Cependant, le blocage n'est pas encore uniforme sur l'ensemble du territoire. Un journaliste de l'AFP a pu contacter des personnes en Russie sans utiliser de VPN, tandis que des citoyens comme Ekaterina, une actrice de 47 ans, affirment encore pouvoir accéder au service.
Les inquiétudes se multiplient concernant les implications de cette mesure. Natalia Nikolaeva, 23 ans, craint que les restrictions ne nuisent aux échanges avec les personnes âgées, peu familières avec les nouvelles technologies. Par ailleurs, des avocats s'alarment du fait que MAX ne propose pas de cryptage de bout en bout, ce qui pourrait en faire un outil de surveillance puissant pour les autorités.
Un contexte de répression numérique élargie
Cette décision s'inscrit dans un cadre plus large de contrôle des communications. Le régulateur russe a également imposé des restrictions sur Telegram cette semaine, l'accusant de violer la loi nationale. Ces mesures font suite à l'interdiction, l'été dernier, des appels sur Telegram et WhatsApp. Malgré cela, certains Russes restent optimistes. Vilguelm, un ingénieur de 32 ans, estime improbable que le pays sombre dans un isolement comparable à celui de la Corée du Nord, en raison du poids international de la Russie.
Néanmoins, il exprime des réserves sur la promotion trop alléchante de MAX et explore d'autres alternatives, comme une application sud-coréenne. Avec ironie, il évoque même l'usage de pigeons voyageurs si nécessaire. Alors que MAX, développée par le géant russe VK, se présente comme une super-application intégrant services administratifs et commerciaux, son manque de confidentialité soulève des questions cruciales sur l'avenir des libertés numériques en Russie.