La Fête des bœufs gras de Bazas 2026 maintenue contre vents et marées
Fallait-il maintenir l'événement ? La question s'est posée avec acuité pour l'édition 2026 de la Fête des bœufs gras de Bazas, déjà fragilisée par la dermatose nodulaire contagieuse et confrontée en plus à la tempête Nils qui a causé d'importants dégâts dans les communes et exploitations voisines. On aurait pu annuler le concours. On a pu voir quatorze bêtes annoncées fondre à six, puis à seulement deux participants. On pouvait lever les yeux vers un ciel couleur alerte, entendre les rafales secouer les barrières et se demander si tout cela était bien raisonnable. Mais à Bazas, on ne touche pas à la Fête des bœufs gras.
Une édition historique sous haute tension
L'édition 2026 de cette tradition vieille de sept cent quarante-trois ans s'est tenue ce jeudi 12 février dans le centre de la commune du Sud-Gironde. En format réduit, un poil contrarié. Pas encore midi sur la place des Tilleuls. Ici, les bêtes à cornes doivent normalement arriver les unes après les autres depuis leurs exploitations avant le traditionnel défilé. Les téléphones des agents municipaux, postés en vigie, n'arrêtaient pas de sonner. Les regards se croisaient, inquiets. Puis la phrase est tombée, sèche et définitive : « Deux bêtes. On nous dit qu'il n'y a finalement plus que deux bêtes. »
Double coup dur pour les éleveurs
Parmi les éleveurs attendus, deux ont vu la tempête Nils frapper violemment leurs exploitations – l'une en Gironde, l'autre en Lot-et-Garonne. Les dégâts étaient considérables : bâtiments abîmés, clôtures arrachées, nécessité de sécuriser les bêtes dans l'urgence… Impossible, dans ces conditions, de prendre la route vers Bazas. Un énième coup dur pour une édition déjà malmenée, car sur les quatorze bêtes initialement prévues cette année, huit – venues des Landes – avaient déjà été écartées en raison de la dermatose nodulaire contagieuse, dont plusieurs foyers ont été détectés dans le département voisin.
Sans oublier l'abattoir public situé dans la commune, point final et historique du défilé, qui a fermé ses portes au mois d'octobre, ajoutant une difficulté supplémentaire à l'organisation de cette manifestation traditionnelle.
Le dilemme des organisateurs
Certains s'interrogeaient déjà sur le choix de maintenir ou non la manifestation dans ces conditions exceptionnellement difficiles. Bras ballants cette année, Joël Sillac n'était que spectateur. Son élevage de Perquie, dans les Landes, est frappé par les restrictions sanitaires. « Cette fête n'est pas seulement importante pour l'économie, c'est aussi une histoire de tradition. Mais ce qui est important avant tout, c'est de protéger nos animaux. »
Une décision de dernière minute
Plus tard que lors des éditions précédentes, le petit convoi s'est enfin élancé dans les rues de Bazas aux sons et danses des fifres de Gans. « En soixante-seize ans, je n'ai jamais vu ça. Normalement on ne voit rien, c'est noir de monde », a lancé Catherine, une native de la commune. « Ça ne nous empêche pas de profiter, mais c'est triste comme ça. Pour Bazas, c'est vraiment l'événement de l'année », a poursuivi Théo, un jeune Bazadais.
Sur son téléphone, les images des précédentes éditions montraient foule et bœufs en pagaille, contrastant fortement avec la réalité de cette année. Au milieu du petit cortège, sous la pluie, la maire Isabelle Dexpert rattrapait échassiers landais et confréries en courant. « Attendez, les bœufs sont encore loin », lançait l'élue, qui avait décidé de maintenir l'édition malgré tous les aléas.
La solidarité avant tout
Au petit matin, une dernière réunion de crise s'était tenue à l'hôtel de ville. Coupures d'électricité dans les communes voisines, dégâts liés aux vents violents… « On a dû trancher. On ne veut pas donner la sensation que nous faisons la fête. Mais en même temps, on veut rester solidaires avec la filière », a détaillé Isabelle Dexpert, qui a rappelé aussi l'enjeu économique concernant les restaurants, commerces et autres associations, pour qui la fête représente également une nécessité vitale.
La décision de maintenir la Fête des bœufs gras de Bazas 2026, même sous une forme réduite, témoigne de l'attachement profond de la commune à ses traditions et de sa volonté de soutenir l'ensemble de la filière bovine malgré les difficultés exceptionnelles rencontrées cette année.