Un protocole d'accord peut-il mettre fin au conflit en Iran ?
Protocole d'accord Iran-États-Unis : une percée diplomatique ?

Est-ce le début de la fin du conflit ? Après deux mois de guerre et plusieurs semaines de pourparlers qui semblaient ne mener à rien, la diplomatie a enfin produit des avancées significatives. Un accord entre les États-Unis et l'Iran « se rapproche grandement », a affirmé samedi Donald Trump, tout en estimant à « 50-50 » les chances d'un bon accord ou d'une reprise des frappes américaines. Depuis plusieurs semaines, le président américain alterne menaces et optimisme sur la question d'une fin de la guerre avec l'Iran.

Un protocole d'accord en 14 clauses

Du côté iranien, le discours est à la fois plus nuancé et plus précis. Le porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères, Ismaïl Baghaï, a affirmé que son pays était en « phase de finalisation » d'un protocole d'accord avec les États-Unis, composé de 14 clauses, en vue de mettre durablement fin à la guerre au Moyen-Orient. « De manière générale, ce protocole d'accord vise à mettre fin à la guerre, à l'agression américaine et à ce qu'ils appellent eux-mêmes le blocus naval. La question du gel des avoirs iraniens figure parmi les principaux points qui seront traités », a-t-il détaillé.

Accélération du tempo diplomatique

Selon la chaîne américaine CBS News, qui cite des sources proches des discussions, la dernière proposition comprendrait la réouverture du détroit d'Ormuz, le dégel de certains actifs iraniens dans des banques à l'étranger, et la poursuite des négociations pour trente jours supplémentaires. CBS News ne précise pas cependant quelle partie est à l'origine de ces propositions. Dès vendredi, les observateurs du conflit ont senti l'accélération du tempo diplomatique. Des négociateurs qatariens et le puissant chef d'état-major de l'armée pakistanaise, le maréchal Asim Munir, se sont rendus à Téhéran en même temps. L'émir du Qatar et Donald Trump se sont appelés. Puis le président américain a annoncé qu'il n'assisterait pas au mariage de son fils ce week-end, aux Bahamas.

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Protocole d'accord vs accord final

La journée de samedi a été ponctuée de déclarations diplomatiques optimistes, des deux côtés. Mais ces avancées ne déboucheront pas nécessairement sur la fin du conflit, « accord » et « protocole d'accord » étant deux choses bien différentes. Dans un protocole d'accord, « on se met d'accord sur les sujets abordés en priorité, leur calendrier, les délais de négociations », explique Ulrich Bounat, analyste géopolitique. Certains dossiers sont urgents, comme la réouverture du détroit d'Ormuz. D'autres, comme le nucléaire iranien, très technique, prendront des années.

Pression des pays du Golfe

L'Iran demandait depuis longtemps ce protocole d'accord. « Mais Donald Trump voulait une capitulation totale de l'Iran. L'idée de décorréler les sujets s'est imposée sous la pression des pays du Moyen-Orient, car il ne se passait rien depuis le cessez-le-feu (en vigueur depuis le 8 avril) », souligne le chercheur chez EuroCreativ. Ce protocole d'accord poserait donc un cadre, permettrait d'obtenir des avancées très concrètes sur certains points et de détendre l'économie mondiale. Il devrait aussi rebâtir un minimum de confiance entre les deux camps, aujourd'hui réduite à néant. « S'il est signé, ça montrera que Donald Trump a lâché », résume Ulrich Bounat.

Le nucléaire iranien laissé de côté

Alors que le dossier nucléaire iranien est l'un des principaux enjeux du conflit, vu de Washington, Ismaïl Baghaï a affirmé qu'il serait laissé de côté dans l'immédiat, la priorité étant de mettre fin aux hostilités selon lui. « À ce stade, nous n'aborderons pas les détails de la question nucléaire. Nous avons déjà subi des attaques illégales lors de négociations nucléaires. C'est pourquoi nous avons décidé, avec responsabilité et sagesse, de donner la priorité à une question urgente pour nous tous : la fin de la guerre sur tous les fronts, y compris au Liban », a-t-il complété.

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Les exigences américaines revues à la baisse ?

L'Iran a tout intérêt à faire durer la discussion. Connaissant la tendance de Donald Trump à vite se lasser, les négociateurs iraniens savent que plus elle s'éternise, plus les exigences américaines seront revues à la baisse. Ils n'ont pas tort : ces derniers jours, le républicain parle de plus en plus de Cuba, évoque de nouveau le Groenland. Bref, il s'éloigne de Téhéran. Le calendrier politique, avec le spectre des Midterms — ces élections de mi-mandat au Congrès — décisives en novembre, n'est pas étranger à ces signes d'impatience.

Comment Trump criera-t-il victoire ?

En cas de signature d'un protocole d'accord, comment Donald Trump, le « winner », criera-t-il victoire ? « Peu importe le fond, il arrivera bien à retourner la réalité pour dire à sa population : J'ai gagné », estime Ulrich Bounat. La formulation du secrétaire d'État américain Marco Rubio pose déjà un jalon : « Il y a des chances que l'Iran accepte un accord dès aujourd'hui pour mettre fin à la guerre. »