Un tribunal fédéral californien a entamé lundi la sélection du jury pour trancher le litige opposant Elon Musk à Sam Altman concernant la gouvernance et la mission originelle d'OpenAI. Musk accuse Altman d'avoir trahi la vocation non lucrative de l'organisation qu'ils ont cofondée en 2015. Derrière ce duel entre l'homme le plus riche du monde et le puissant patron de ChatGPT, le procès remet sur la table une question fondamentale : qui doit contrôler l'intelligence artificielle, et au profit de qui ?
Les origines du conflit
L'histoire remonte à 2015, quand Sam Altman convainc Elon Musk de cofonder OpenAI, promettant un laboratoire à but non lucratif dont « la technologie appartiendrait au monde ». Elon Musk investit 38 millions de dollars. Dix ans plus tard, OpenAI est devenu un colosse commercial valorisé 852 milliards de dollars, préparant son entrée en bourse. Elon Musk, lui, a monté son propre laboratoire, xAI, récemment absorbé dans SpaceX, valorisée 1 250 milliards de dollars. En septembre 2017, alors que Musk menace de couper les vivres s'il n'obtient pas la garantie qu'OpenAI restera non lucrative, Altman lui répond par courriel : « Je reste enthousiaste à l'égard de la structure à but non lucratif ! » Mais quelques mois plus tard, la fondation OpenAI crée sa filiale commerciale. En 2019, Microsoft commence à y investir, portant son engagement à 13 milliards de dollars.
Les enjeux du procès
La juge Yvonne Gonzalez Rogers, qui a décidé que le verdict du jury ne serait que consultatif, doit trancher trois questions d'ici mai : OpenAI a-t-elle violé sa mission philanthropique originelle ? S'est-elle enrichie injustement au détriment de ses engagements ? Et ses liens avec Microsoft violent-ils le droit de la concurrence ? Outre le retour d'OpenAI à son statut non lucratif, Elon Musk demande à la justice d'évincer Sam Altman et Greg Brockman, et de rompre les liens avec Microsoft. Elon Musk, qui réclamait jusqu'à 134 milliards de dollars de dommages, a finalement renoncé à tout bénéfice personnel, s'engageant à verser les éventuelles réparations à la fondation OpenAI.
Tensions internes et contre-plaintes
La procédure a révélé une masse de communications internes d'OpenAI, détaillant les tensions qui ont culminé avec l'éviction temporaire de Sam Altman en novembre 2023. Le camp Musk brandit le journal intime de Greg Brockman, qui écrivait en novembre 2017 : « Si dans trois mois on fait une société commerciale, alors ce serait un mensonge. » OpenAI rétorque qu'Elon Musk savait déjà qu'un tournant commercial était inévitable et que la rupture n'a été provoquée que par son exigence de contrôle absolu. Le laboratoire d'IA estime que toute cette affaire est une manœuvre anticoncurrentielle favorable à xAI et a déposé des contre-plaintes. Témoin clé d'Elon Musk, Shivon Zilis, mère de quatre de ses enfants, sera auditionnée. OpenAI attaquera la crédibilité de celle qui a siégé à son conseil d'administration de 2020 à 2023 tout en dissimulant sa relation avec Musk.
Des militants anti-Musk et anti-Altman prévoient de manifester devant le tribunal à Oakland sous le slogan « quel que soit le gagnant, c'est nous les perdants ». S'il a remporté une victoire symbolique en obtenant ce procès, Elon Musk l'aborde affaibli : la juge a limité le rôle du jury à un avis consultatif et réduit le champ de ses griefs.



