Une proposition visant à panthéoniser le président ukrainien Volodymyr Zelensky a provoqué un vif débat en France, divisant la classe politique et l'opinion publique. L'idée, lancée par plusieurs intellectuels et personnalités politiques, vise à honorer le dirigeant ukrainien pour sa résistance face à l'invasion russe. Cependant, elle se heurte à des critiques sur le respect des traditions républicaines et le caractère prématuré d'une telle décision.
Une proposition controversée
La proposition a été formulée par un collectif d'intellectuels, dont certains historiens et écrivains, qui estiment que Zelensky incarne les valeurs de la République française : courage, défense de la démocratie et de la liberté. Selon eux, le Panthéon, qui abrite les grandes figures de la nation, pourrait accueillir le président ukrainien de son vivant, une exception rare. Toutefois, cette idée a suscité des réactions contrastées. Pour le politologue Jean-Yves Camus, interrogé par Le Point, « panthéoniser un dirigeant étranger en exercice est une rupture avec la tradition républicaine, qui réserve cet honneur à des personnalités décédées ayant marqué l'histoire de France ».
Les réactions politiques
Plusieurs figures politiques ont pris position. Le député LFI François Ruffin a salué l'initiative, déclarant : « Zelensky incarne la résistance face à l'oppression, c'est un symbole universel. » À l'inverse, le sénateur LR Bruno Retailleau a jugé la proposition « déplacée », estimant que « le Panthéon est un sanctuaire républicain, pas un instrument de diplomatie ». Selon un sondage Ifop réalisé pour Le Point, 52 % des Français se disent opposés à cette panthéonisation, contre 32 % favorables. Les opposants invoquent le risque de politisation du lieu et la nécessité de respecter les procédures établies.
Un précédent historique
La panthéonisation d'un étranger n'est pas sans précédent. En 1995, le biologiste polonais Marie Curie, naturalisée française, a été transférée au Panthéon avec son mari Pierre. Mais il s'agissait d'une personnalité décédée et ayant contribué à la science française. Pour l'historien Pierre Nora, « panthéoniser Zelensky serait un geste politique fort, mais il faut mesurer les implications symboliques. Le Panthéon est le temple de la mémoire nationale, pas une scène internationale ».
Les implications diplomatiques
Cette proposition intervient dans un contexte de soutien massif de la France à l'Ukraine. Depuis le début de l'invasion russe en février 2022, Paris a fourni une aide militaire et humanitaire importante. Une panthéonisation pourrait être perçue comme un geste supplémentaire de solidarité, mais aussi comme une provocation envers Moscou. Le Quai d'Orsay s'est refusé à tout commentaire, mais des sources diplomatiques indiquent que l'Élysée suit le débat avec attention. « Une telle décision ne peut être prise sans une large concertation », a confié un conseiller sous couvert d'anonyme.
Un débat de société
Au-delà de la classe politique, la société civile s'empare du sujet. Des pétitions en ligne ont recueilli plus de 50 000 signatures pour et contre. Sur les réseaux sociaux, les avis sont partagés. Certains voient en Zelensky un héros moderne, d'autres estiment que la France doit d'abord honorer ses propres figures. Le journaliste et écrivain Alexandre G. a publié une tribune dans Le Monde appelant à « ne pas banaliser le Panthéon ». Il écrit : « Le Panthéon est le lieu de la reconnaissance éternelle, pas un coup médiatique. »
Quelle suite ?
Pour l'heure, aucune procédure officielle n'a été engagée. La panthéonisation nécessite un décret du président de la République, après avis du Conseil d'État. Emmanuel Macron n'a pas commenté l'initiative. Selon des proches, il suit le débat mais ne souhaite pas se précipiter. Une source à l'Élysée confie : « Le président est conscient de l'importance symbolique du Panthéon. Il prendra une décision en temps utile, en tenant compte de l'avis des experts et de l'opinion. » En attendant, le débat continue d'animer la vie politique française, révélant les tensions entre tradition et modernité, entre mémoire nationale et solidarité internationale.



