Feux de forêt en Aveyron : saison exceptionnelle redoutée par les pompiers
Aveyron : pompiers redoutent une saison des feux exceptionnelle

Le département de l'Aveyron fait face à une saison des feux de forêt exceptionnellement précoce et intense. Avec 55 sinistres enregistrés dès le début de l'été, soit la moitié du total de l'année 2025, les pompiers se préparent à un été "sous pression". Le colonel Mickaël Lecoq, directeur départemental adjoint du Service départemental d'incendie et de secours (Sdis) de l'Aveyron, tire la sonnette d'alarme.

Une saison des incendies record

Le premier feu majeur s'est déclaré le 21 juin, au solstice d'été, lorsque les journées sont les plus longues. Habituellement, les pics de risque surviennent en août. Cette année, la végétation subit un stress hydrique permanent, sans véritable récupération nocturne. Les températures sont supérieures de 3,8 °C aux normales de la période de référence 1991-2020, et aucun épisode de pluie significatif n'est prévu dans les quinze prochains jours.

Facteurs aggravants : vent et sécheresse

Le vent assèche davantage la végétation et accélère la propagation des flammes, comme observé dans les Pyrénées-Orientales. Le déficit hydrique est marqué. Le colonel Lecoq s'attend à une activité particulièrement intense, avec plusieurs incendies d'ampleur possibles. "Nous nous y préparons", déclare-t-il.

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Le risque s'étend sur tout le territoire

Historiquement, le Sud-Aveyron est le secteur le plus exposé, notamment en raison d'un relief escarpé. Mais l'ouest du département est également concerné. Le risque de feu de forêt devient diffus sur l'ensemble du territoire français, progressant du sud vers le nord. L'Aveyron subit pleinement cette accélération.

Moyens déployés par le Sdis

Le Sdis de l'Aveyron dispose de 47 camions spécialisés dans les feux de forêt et de plus de 1 000 sapeurs-pompiers formés, volontaires et professionnels. Depuis le 28 juin, plusieurs dispositifs ont été renforcés : un pélicandrome est opérationnel pour le ravitaillement des avions bombardiers d'eau, trois patrouilles mixtes ONF-pompiers quadrillent quotidiennement les massifs (dont deux basées à Millau), des drones sont déployés pour la détection et la surveillance, et des partenariats ont été noués avec les agriculteurs pour renforcer la capacité d'intervention. "Il existe une véritable culture du feu de forêt en Aveyron. Nous sommes prêts", assure le colonel Lecoq.

Effectifs et gestion de la fatigue

Contrairement aux idées reçues, l'été n'est pas synonyme de pénurie d'effectifs. Les étudiants et lycéens pompiers sont davantage disponibles, permettant de mobiliser entre 250 et 300 pompiers chaque jour. Cependant, la fatigue des équipes est une préoccupation. La première semaine de juillet enregistre une activité globale supérieure de 30 % à celle de la première semaine de juin, et pour les feux de végétation, cette hausse atteint 170 %. "Nous ne courons pas un sprint, mais un marathon", insiste le colonel Lecoq, soulignant l'importance des temps de repos.

Accès à l'eau et infrastructures

L'Aveyron dispose encore de nombreuses réserves d'eau, mais l'approvisionnement sur le réseau d'eau potable est sous tension dans certains secteurs, comme le Carladez. Des partenariats avec les agriculteurs permettent d'utiliser leurs citernes. En revanche, près de 90 % des forêts aveyronnaises sont privées et ne bénéficient pas d'infrastructures de défense contre les incendies (pistes DFCI, réserves d'eau), contrairement aux Bouches-du-Rhône. Le travail est engagé avec l'État et le Département pour améliorer la situation.

La prévention, clé de la lutte

Neuf incendies sur dix sont d'origine humaine, principalement liés à des imprudences : travaux agricoles, mégots, barbecues ou départs de feu accidentels. Les actes de malveillance restent minoritaires. Les campagnes de sensibilisation avec la Chambre d'agriculture et l'Office national des forêts produisent des résultats : chaque renforcement de la prévention réduit le nombre de départs de feu. Le colonel Lecoq rappelle les règles : ne pas allumer de feu en forêt, éviter barbecues et feux d'artifice, limiter la circulation de véhicules thermiques dans les massifs à risque. "La population doit comprendre que chaque départ de feu mobilise des moyens considérables", ajoute-t-il.

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Fermeture des massifs : une mesure de dernier recours

La fermeture de certains massifs forestiers est envisagée si le risque devient extrême ou si les consignes ne sont pas respectées. La préfecture peut prendre des arrêtés, comme déjà fait dans le massif des Palanges pour les véhicules motorisés. "Nous faisons encore le pari de la responsabilité individuelle et de l'intelligence collective", déclare le colonel Lecoq.

Un bilan déjà alarmant

Alors que l'été ne fait que commencer, 55 incendies ont déjà parcouru une centaine d'hectares, contre 108 incendies et 187 hectares brûlés sur l'ensemble de la saison 2024. "Nous le répétons : cette saison sera un marathon. La meilleure arme contre les incendies reste la vigilance de chacun", conclut le colonel Mickaël Lecoq.