Sommet de l'OTAN à Ankara : Erdogan en marchand d'armes
Sommet OTAN Ankara : Erdogan marchand d'armes

Le sommet de l'OTAN qui s'est tenu à Ankara du 28 au 30 juin a été marqué par une offensive diplomatique sans précédent du président turc Recep Tayyip Erdogan. Ce dernier, loin de se contenter des discussions stratégiques, a profité de l'occasion pour se muer en véritable marchand d'armes, cherchant à conclure des accords lucratifs avec plusieurs pays membres.

Une diplomatie parallèle axée sur le commerce militaire

Selon des sources diplomatiques, Erdogan aurait organisé des réunions bilatérales avec les dirigeants de la France, de l'Allemagne et du Royaume-Uni, au cours desquelles il aurait proposé des drones de combat turcs, notamment le modèle Bayraktar TB2, qui a fait ses preuves en Ukraine. La Turquie, déjà un acteur majeur de l'industrie de défense, cherche à étendre son influence en Europe et au Moyen-Orient.

Le président turc aurait également discuté de la vente de systèmes de défense aérienne et de véhicules blindés. Selon un haut responsable turc cité par l'agence Reuters, « la Turquie est prête à répondre aux besoins de ses alliés en matière de sécurité, et le sommet est une occasion idéale pour renforcer notre coopération industrielle ».

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Des tensions sous-jacentes avec les alliés

Cette offensive commerciale intervient dans un contexte de relations tendues entre la Turquie et certains membres de l'OTAN, notamment les États-Unis et la Grèce. Washington a récemment critiqué l'achat par Ankara de systèmes de missiles russes S-400, tandis qu'Athènes dénonce les survols fréquents de ses îles par des avions turcs.

Erdogan a néanmoins insisté sur la nécessité de « surmonter les différends » et de « construire une OTAN plus unie ». Il a également rappelé le rôle clé de la Turquie dans la gestion des flux migratoires et la lutte contre le terrorisme.

Des contrats potentiels de plusieurs milliards de dollars

Les experts estiment que les contrats potentiels pourraient atteindre plusieurs milliards de dollars. Selon un rapport du Stockholm International Peace Research Institute (SIPRI), la Turquie a déjà augmenté ses exportations d'armes de 69 % entre 2017 et 2021. Le sommet d'Ankara pourrait accélérer cette tendance.

Un diplomate européen a confié au quotidien Le Monde : « Erdogan joue un jeu dangereux : il veut à la fois être un allié fiable et un concurrent commercial. Cela crée des tensions, mais il est difficile de lui résister car la Turquie contrôle des points stratégiques comme le détroit du Bosphore ».

La réaction des autres membres de l'OTAN

Si certains pays, comme la Pologne et la Hongrie, se montrent intéressés par les offres turques, d'autres, comme la France, restent prudents. Paris a rappelé que « la coopération militaire doit s'inscrire dans le respect des normes de l'OTAN et de la non-prolifération ».

Le secrétaire général de l'OTAN, Jens Stoltenberg, a pour sa part salué « le rôle actif de la Turquie au sein de l'Alliance », tout en appelant à « une coordination renforcée pour éviter les doublons et les tensions inutiles ».

Un sommet sous le signe de la realpolitik

Au final, ce sommet d'Ankara illustre la complexité des relations au sein de l'OTAN. Erdogan a réussi à placer la Turquie au centre des négociations, mais au prix de certaines frictions. L'avenir dira si cette stratégie de marchand d'armes portera ses fruits ou si elle creusera davantage les divisions.

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