Défense européenne : l’urgence d’un nouveau traité face aux menaces
Défense européenne : l’urgence d’un nouveau traité

Un drone iranien atterrit sur Chypre et change la donne

Il a suffi d'un drone pour ouvrir les yeux : l'Europe est à portée de missiles d'à peu près tous les régimes nuisibles sur le globe. En l'occurrence, un drone Shahed iranien, ces engins bon marché que Téhéran fournit à la Russie, a atterri sur Chypre, visant la base aérienne britannique d'Akrotiri. L'engin a transformé un débat de juristes en urgence politique.

Réunis à Nicosie pour un sommet informel, les dirigeants européens se sont penchés sur la clause de défense mutuelle qui figure à l'article 42-7 du Traité sur l'Union européenne. Cette clause de défense, que la plupart des dirigeants européens seraient bien en peine de réciter de mémoire, dispose que tout État membre victime d'une agression armée peut exiger l'aide et l'assistance de ses partenaires « par tous les moyens en leur pouvoir, conformément à l'article 51 de la charte des Nations unies ». Une formule dont la générosité n'a d'égale que son ambiguïté.

N'attendons pas que Trump lâche l'Otan

La France l'a activée une fois, après le 13 novembre 2015, pour se faire offrir en retour quelques avions belges au Mali et une déclaration de solidarité espagnole. Chypre, elle, n'est pas membre de l'Otan. Elle est seule, coincée en Méditerranée orientale entre la Turquie, le Liban et les drones de la République islamique. Sa panique est donc parfaitement compréhensible. Cette crainte légitime ne doit pas, pour autant, fixer le plafond de l'ambition européenne.

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Car le vrai sujet n'est pas de savoir si l'article 42.7 peut être rendu « opérationnel » avec des plans et des exercices communs — même si c'est utile, même si Chypre et la Lituanie ont raison de le demander. Le vrai sujet tient au fait que l'architecture de sécurité occidentale est en train de se fissurer sous nos pieds, et que les Européens continuent de regarder les lézardes en espérant que le plafond ne tombe pas.

Associer Londres et au-delà

L'Otan fonctionne. L'article 5 reste une garantie réelle. Mais le président américain a introduit dans l'équation une variable que personne n'avait anticipée : lui-même. Quand Washington remet en question le principe même de la solidarité atlantique selon l'humeur du jour, quand la fiabilité du parapluie américain dépend du résultat d'une élection ou d'une négociation commerciale, les Européens ne peuvent plus se permettre de n'avoir qu'un seul bouclier. Donald Trump se dit très déçu par l'Otan après le refus des Européens de s'engager dans l'opération iranienne. On aurait tort de sous-estimer l'amertume du président américain et il ne serait pas étonnant que la question du Groenland se repose en termes vifs dans quelque temps.

Un nouveau traité de défense prendrait tout son sens et toute sa force pour parer aux aléas de la relation transatlantique. Non pas pour remplacer l'Otan, dont personne ne conteste sérieusement l'utilité opérationnelle, mais pour constituer un socle européen autonome, plus souple dans sa composition et plus exigeant dans ses engagements. Un tel traité n'aurait pas à se limiter aux frontières de l'Union.

Le Royaume-Uni, redevenu pleinement pragmatique depuis que le Brexit a montré ses limites, est aujourd'hui l'une des premières puissances militaires du continent. Le laisser dehors au nom d'une querelle institutionnelle révolue serait une absurdité stratégique. La Norvège, l'Ukraine — dont l'armée a stupéfié le monde par son adaptabilité — pourraient y trouver leur place.

Et puis il y a la question nucléaire

Emmanuel Macron a lancé l'idée d'étendre la couverture de la dissuasion française à quelques partenaires volontaires. Huit pays ont répondu présents : Allemagne, Belgique, Danemark, Grèce, Pays-Bas, Pologne, Royaume-Uni et Suède. Un traité de défense offrirait précisément le cadre juridique et politique dans lequel cette proposition pourrait s'exprimer sans paraître unilatérale. Il transformerait une initiative présidentielle en engagement collectif.

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L'article 42-7 est trop vague et n'est pas préventif

Jean-Dominique Giuliani, président de la Fondation Robert Schuman, défend cette voie depuis 2016, quand il cherchait déjà à garder les Britanniques arrimés au continent après le Brexit. Il avait raison trop tôt. Les circonstances lui donnent aujourd'hui une actualité qu'il n'aurait sans doute pas souhaitée.

L'article 42.7 est d'essence intergouvernementale. Mais il est trop vague pour parer à la situation de vulnérabilité de l'Europe. Il n'est pas non plus préventif. Si l'on se contente de renforcer un article d'un traité existant, on fait du rapiéçage. Ce qu'il faut, c'est coudre en faisant du sur-mesure. Un nouveau traité de défense entre Européens volontaires — avec ou sans les réticents, dans ou hors des frontières de l'Union — ne serait pas un signe de défiance envers l'Otan. Ce serait un signe de maturité. Et peut-être, enfin, la preuve que les Européens ont compris que leur sécurité ne peut plus être sous-traitée.