À Menton, la méthode Masson peine encore à être digérée par l’opposition. Ce vendredi 24 avril, avant que les élus mentonnais n’entament les débats de 32 délibérations, et notamment le vote du budget primitif 2026, c’est une nouvelle fois l’organisation même du conseil municipal qui a cristallisé les tensions.
Une opposition peu matinale
Le premier à monter au créneau était Louis Sarkozy (L’Union). Dans son intervention liminaire, il a immédiatement ciblé l’horaire matinal choisi par le maire du Rassemblement national pour cette séance. À neuf heures ce vendredi matin, Joanna Genovese, professeure, manquait à l’appel. « Elle ne peut pas être parmi nous, elle fait passer des examens à ses élèves », justifiait son camarade de l’opposition. « Fixer systématiquement des conseils municipaux en journée, en semaine, c’est exclure de fait tous les élus qui exercent une activité professionnelle. L’absence de Joanna Genovese n’est pas un choix, c’est la conséquence directe d’un calendrier imposé. » Avant de conclure et de demander à l’exécutif municipal « de fixer les prochains conseils municipaux à des horaires compatibles avec l’exercice d’une activité professionnelle, donc le soir comme ça se fait dans l’immense majorité des communes de France. »
Balayant une prise de parole jugée sans « aucun intérêt », Alexandra Masson tranchait. « Je vous rappelle qu’un conseil municipal, c’est quatre à cinq fois par an, à part l’année de l’élection. Je pense que les Mentonnais méritent ces quatre demi-journées dans l’année », a rétorqué la maire, visiblement lassée de voir le sujet se faufiler à nouveau dans l’ordre du jour.
Les temps de parole crispent
Autre heurt quelques minutes plus tard concernant la réforme du règlement intérieur du conseil municipal, examinée dès la deuxième délibération. Dans les nouvelles règles du jeu, chaque groupe politique ne peut intervenir que deux fois par délibération : cinq minutes pour la première prise de parole, trois pour la seconde. Un temps de parole globalisé à l’échelle du groupe, et non plus accordé individuellement à chaque élu. Une mécanique que l’opposition juge déséquilibrée.
« Est-il bien raisonnable et proportionnel, qu’une personne siégeant seule, dispose d’un temps de parole de cinq minutes, alors qu’un groupe, de trois, sept ou vingt-neuf, ne dispose que de huit minutes grand maximum ? », a interrogé Loïc Grenard. « En théorie, si notre groupe de sept se scinde en sept groupes de un. Nous aurions, 35 minutes de parole par délibération, contre huit actuellement. » Selon l’unioniste : « L’objectif n’est pas tant de valoriser la concision mais bien d’écarter l’opposition du débat municipal. »
En face, la majorité assume. « Ce règlement intérieur a été proposé pour éviter tout verbiage, toute logorrhée, et pour se concentrer sur l’essentiel : l’intérêt général des Mentonnais », a défendu Jean-Christophe Storaï. Une position qui ne manque pas de sel : il y a six ans, lorsqu’il siégeait lui-même dans l’opposition, Jean-Christophe Storaï avait dénoncé la réduction du temps de parole imposée par Jean-Claude Guibal. À l’époque, à l’exception du maire, du rapporteur et de l’adjoint compétent, les élus ne pouvaient intervenir que deux fois par sujet de délibération : 3 minutes pour la première, 2 pour la seconde. Pour le débat d’orientation budgétaire, ils étaient limités à 10 minutes par intervention, puis 5 pour chacune des deux autres questions. Trop peu pour l’opposition qui avait décidé de quitter la salle en signe de protestation.



