L'Arménie, petit pays du Caucase, se trouve à un carrefour géopolitique délicat, tiraillée entre son alliance traditionnelle avec la Russie et ses aspirations à se rapprocher de l'Union européenne. Cette situation complexe, fruit de décennies d'histoire et de pressions extérieures, oblige Erevan à une diplomatie d'équilibriste, où chaque pas est calculé pour ne froisser aucune des deux puissances.
Un héritage russe indéfectible
Depuis l'effondrement de l'Union soviétique, la Russie reste le principal allié militaire et économique de l'Arménie. Moscou y maintient une base militaire et fournit une énergie à prix réduit. En échange, Erevan soutient souvent les positions russes sur la scène internationale. Cependant, la guerre du Haut-Karabakh en 2020 a révélé les limites de cette alliance : la Russie n'est pas intervenue directement pour soutenir l'Arménie face à l'Azerbaïdjan, soutenu par la Turquie.
Cette non-intervention a provoqué une onde de choc à Erevan, poussant le gouvernement du Premier ministre Nikol Pachinian à envisager une diversification de ses partenariats. Les accords de paix, sous médiation russe, ont laissé un goût amer, car ils ont consacré la perte de territoires pour l'Arménie. Depuis, les relations entre les deux pays se sont refroidies, bien que la dépendance énergétique et sécuritaire reste forte.
Le rapprochement avec l'Union européenne
L'Union européenne est perçue par une partie de la société arménienne comme une alternative crédible à la tutelle russe. En 2017, l'Arménie a signé un accord de partenariat global et renforcé avec l'UE, qui prévoit une coopération approfondie dans les domaines économique, politique et social. Bruxelles a également accordé une aide financière substantielle pour soutenir les réformes démocratiques et le développement durable.
Ce rapprochement a été accéléré par la guerre en Ukraine, qui a montré la fragilité des alliances avec la Russie. L'Arménie a voté en faveur de résolutions condamnant l'invasion russe à l'ONU, ce qui a irrité Moscou. En retour, l'UE a multiplié les gestes de soutien, notamment en déployant une mission d'observation civile à la frontière avec l'Azerbaïdjan.
Cependant, cette politique ne va pas sans risques. La Russie a déjà montré sa capacité à exercer des pressions, notamment via des augmentations de prix du gaz ou des restrictions commerciales. De plus, l'UE ne peut pas offrir de garanties de sécurité comparables à celles de l'OTAN, ce qui laisse l'Arménie vulnérable.
Les défis internes et externes
Sur le plan intérieur, la population est divisée. Si une partie de la société, notamment les jeunes et les urbains, voit l'UE comme un modèle de démocratie et de prospérité, d'autres restent attachés à la Russie pour des raisons historiques et culturelles. La diaspora arménienne, très influente, est également partagée, certains penchant pour l'Occident, d'autres pour une neutralité active.
À l'extérieur, l'Azerbaïdjan et la Turquie observent avec attention les mouvements de l'Arménie. Bakou a renforcé son alliance avec Ankara et Moscou, et pourrait profiter d'un affaiblissement de l'influence russe pour faire pression sur Erevan. Par ailleurs, l'Iran, voisin méridional de l'Arménie, suit de près l'évolution des relations avec l'UE, car il cherche à éviter un encerclement par des puissances hostiles.
Une voie étroite mais possible
Pour l'Arménie, la solution réside peut-être dans une diplomatie multivectorielle, capable de maintenir des liens avec la Russie tout en développant des partenariats avec l'UE et d'autres acteurs comme la Chine ou l'Inde. Cette approche, déjà pratiquée par d'autres pays postsoviétiques, nécessite une grande habileté et une vision claire des intérêts nationaux.
Le gouvernement arménien a déjà amorcé ce virage en signant des accords de coopération avec l'UE dans les domaines de l'énergie, des transports et de la numérisation. Parallèlement, il tente de rassurer Moscou en maintenant une coopération militaire et en participant à l'Union économique eurasiatique. Cette double appartenance est délicate, mais elle pourrait être la clé de la survie de l'Arménie en tant qu'État indépendant et prospère.



