Le 8 mai 1945, alors que la France célèbre la victoire contre l'Allemagne nazie, l'Algérie est secouée par des événements tragiques. Ce jour-là, des manifestations nationalistes algériennes sont organisées à Sétif, Guelma et dans d'autres villes, pour réclamer l'indépendance et la fin du colonialisme. Les manifestants, pacifiques au départ, se heurtent à une répression violente de la part des autorités françaises.
Des manifestations pacifiques tournent au bain de sang
À Sétif, la foule se rassemble pour commémorer la fin de la guerre et exprimer des revendications nationalistes. Des slogans comme « À bas le colonialisme » ou « Vive l'Algérie libre » sont scandés. La situation dégénère lorsque la police tire sur les manifestants, provoquant une escalade de violence. Les émeutes s'étendent rapidement à la région de Guelma et de Kherrata, où des colons et des militaires français sont attaqués.
Une répression d'une extrême brutalité
En réponse, l'armée française, appuyée par des milices de colons, mène une répression féroce. Des bombardements aériens, des exécutions sommaires et des massacres de villages entiers sont perpétrés. Les estimations du nombre de victimes varient considérablement : les autorités françaises de l'époque avancent le chiffre de 1 500 morts, tandis que les historiens algériens évoquent entre 20 000 et 45 000 morts. La répression s'étend sur plusieurs jours, voire plusieurs semaines.
Un traumatisme fondateur dans la guerre d'indépendance algérienne
Ces massacres, longtemps occultés en France, sont considérés comme un tournant dans l'histoire de l'Algérie. Ils marquent le début d'une radicalisation du mouvement nationaliste et préfigurent la guerre d'Algérie (1954-1962). Pour les Algériens, le 8 mai 1945 est un symbole de la violence coloniale et un moment clé de la mémoire nationale.
Une reconnaissance tardive
Ce n'est qu'en 2005 que la France reconnaît officiellement les massacres de Sétif, Guelma et Kherrata comme une « tragédie ». Le président Jacques Chirac évoque alors des « événements tragiques ». Cependant, aucune excuse officielle n'a été présentée. En 2015, le président François Hollande reconnaît la « répression meurtrière » mais sans aller jusqu'à des excuses.
Des commémorations toujours sensibles
Chaque année, le 8 mai, l'Algérie commémore ces événements, tandis que la France célèbre la victoire de 1945. La mémoire de ces massacres reste un sujet sensible dans les relations entre les deux pays, rappelant les blessures non cicatrisées de la colonisation.



