Largement graciés, et maintenant indemnisés ? Alors qu'un « Fonds anti-instrumentalisation » fait grand bruit outre-Atlantique, le vice-président JD Vance et le numéro deux du ministère de la Justice Todd Blanche ont laissé entendre que les émeutiers qui ont pris d'assaut le Capitole le 6 janvier 2021 à Washington pourraient bénéficier de cette manne financière.
Un fonds controversé de 1,77 milliard de dollars
À l'origine, Donald Trump a porté plainte contre l'administration fiscale américaine qu'il accuse, malgré son passé d'évitant fiscal et de très mauvais payeur, de l'avoir poursuivi dans un but politique. Il réclame 10 milliards à l'État américain. Lundi, le ministère de la Justice a annoncé avoir conclu un accord avec le président, qui l'absout de tout éventuel péché fiscal, ses fils également, ainsi que la création d'un fonds doté de 1,77 milliard de dollars, qui sera versé à ceux qui affirment avoir été pris pour cible sous l'administration de Joe Biden pour avoir soutenu Donald Trump. L'initiative sème le doute chez les parlementaires, démocrates comme républicains.
Chef de la majorité sénatoriale, John Thune (républicain) a reconnu mardi devant la presse n'être « pas un grand partisan » de cette caisse. « Je n'en vois pas l'utilité », a-t-il dit à la presse, la justice américaine pouvant décider de dédommager une personne injustement poursuivie.
« N'importe qui peut en faire la demande »
Lors d'un point de presse, un journaliste a demandé au vice-président si les personnes qui ont attaqué le Capitole et agressé des policiers seraient éligibles à ce fonds. « N'importe qui peut en faire la demande », a rétorqué JD Vance. Même Hunter Biden, le fils de l'ancien président Joe Biden, pourrait prétendre à ces fonds, a fait valoir le bras droit du président. « Nous n'essayons pas de donner de l'argent à ceux qui ont agressé un policier. Nous essayons d'indemniser les personnes qui ont été victimes d'injustices, qui ont été maltraitées par le système judiciaire », a enchéri Vance.
Un peu plus tôt, lors d'une audition au Capitole par la sous-commission des crédits du Sénat, les mêmes questions avaient été posées à Todd Blanche. « Toute personne dans ce pays peut en faire la demande si elle estime être victime d'une instrumentalisation », a répondu l'ancien avocat personnel de Donald Trump, devenu procureur général adjoint des États-Unis. Même les agresseurs de policiers, a demandé le sénateur démocrate Chris Van Hollen ? « Mes sentiments n'ont aucune importance, sénateur », a rétorqué Blanche, sans écarter ensuite que puissent y postuler des membres des Oath Keepers ou des Proud Boys, des groupuscules suprémacistes et racistes organisés en milices, largement mis en cause dans l'assaut qui a fait vaciller la démocratie américaine et coûté la vie à six personnes, dont cinq policiers.
Comparaison avec une initiative Obama
Le procureur général par intérim a comparé ce fonds à une initiative prise sous l'administration Obama (démocrate) pour reconnaître les mauvais traitements de l'État américain contre les populations amérindiennes. La mise en parallèle a fait bondir Chris Van Hollen qui a, en outre, fait remarquer que l'initiative historique en faveur des Amérindiens avait été approuvée par un juge fédéral tandis que le fonds anti-instrumentalisation avait été instauré sans respecter les procédures.
S'agissant de procédure, Blanche a été interrogé sur le processus pour recevoir une indemnité. Cinq personnes, non encore nommées et selon lui pas encore choisies, formeront la commission d'examen. Les décaissements seront publiés chaque trimestre dans une « transparence totale » mais le nom des bénéficiaires et les montants alloués pourraient demeurer confidentiels au regard « des lois sur la protection de la vie privée qui pourraient empêcher la divulgation complète des informations recueillies par la commission », a déclaré Blanche. « Au-delà de cela, la transparence sera totale, et je m'y engage pleinement, au-delà des lois existantes sur la protection de la vie privée et les privilèges, etc. »



