Susan Kigula : du couloir de la mort à la liberté en Ouganda
Susan Kigula : survivante du couloir de la mort ougandais

En Ouganda, Susan Kigula est devenue un symbole de résilience. Condamnée à la peine capitale en 2002 pour le meurtre présumé de son mari, elle a passé 16 ans dans le couloir de la mort avant que sa peine ne soit commuée en 2018. Aujourd'hui âgée de 48 ans, elle milite activement pour l'abolition de la peine de mort dans son pays, où les exécutions restent légales mais sont devenues rares.

Un parcours judiciaire hors norme

L'histoire de Susan Kigula débute en 1999, lorsqu'elle est arrêtée pour le meurtre de son époux, un policier. Malgré ses dénégations, elle est reconnue coupable en 2002 et condamnée à être pendue. Pendant sa détention à la prison de Luzira, à Kampala, elle donne naissance à une fille, conçue avant son incarcération. L'enfant est placé en famille d'accueil, mais Susan obtient le droit de la voir régulièrement.

En 2005, alors que son recours en grâce est rejeté, elle entame une bataille juridique avec l'aide d'avocats. Elle conteste notamment la constitutionnalité de la peine de mort obligatoire en Ouganda. En 2009, la Cour suprême ougandaise lui donne partiellement raison : la peine de mort n'est plus obligatoire, mais reste possible. Sa propre condamnation est confirmée.

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La commutation de peine et la liberté

En 2018, dans le cadre d'une grâce présidentielle collective, Susan Kigula voit sa peine commuée en réclusion à perpétuité. Elle est finalement libérée en 2022, après 23 ans de détention, dont 16 dans le couloir de la mort. Selon elle, cette libération est due à une révision de sa peine par la justice ougandaise, qui a estimé qu'elle avait purgé une peine suffisante.

Depuis sa sortie, elle milite au sein de l'ONG "Abolitionist and Prison Reform Network" (APRN), qui œuvre pour l'abolition de la peine de mort et la réforme du système carcéral ougandais. Elle témoigne régulièrement dans les écoles et les universités pour sensibiliser les jeunes aux dangers de la peine capitale.

Un combat pour l'abolition

L'Ouganda fait partie des 33 pays africains qui maintiennent la peine de mort dans leur législation. Cependant, aucune exécution n'a eu lieu depuis 2005, et le président Yoweri Museveni a gracié des centaines de condamnés ces dernières années. Selon Amnesty International, en 2023, plus de 120 personnes étaient encore dans le couloir de la mort en Ouganda.

"Je ne veux pas que d'autres vivent ce que j'ai vécu", déclare Susan Kigula dans un entretien à Libération. "La peine de mort est une punition cruelle et irréversible. J'ai eu la chance de survivre, mais combien d'innocents ont été exécutés ?"

Son combat a été salué par des organisations internationales, dont la Coalition mondiale contre la peine de mort. En 2023, elle a reçu le prix "Espoir pour la justice" décerné par l'ONG britannique Reprieve.

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