En Mauritanie, deux députées de l'opposition ont été condamnées ce mercredi à quatre ans de prison ferme par un tribunal de Nouakchott. Elles étaient poursuivies pour avoir dénoncé des propos du président de la République, jugés discriminatoires envers une communauté ethnique. Cette décision judiciaire intervient dans un climat politique tendu et suscite de vives réactions au sein de l'opposition et des organisations de défense des droits humains.
Des propos présidentiels controversés
Le 15 mars dernier, lors d'un discours officiel, le président mauritanien avait tenu des propos qualifiés de discriminatoires par plusieurs observateurs, visant la communauté peule. Les deux députées, membres de partis d'opposition, avaient alors publiquement dénoncé ces déclarations, les qualifiant de contraires aux valeurs de la République et de la Constitution. Elles avaient également appelé à une enquête parlementaire sur les pratiques discriminatoires au sein de l'administration.
Une procédure judiciaire contestée
Les deux élues ont été arrêtées le 2 avril et placées en détention provisoire avant d'être jugées en comparution immédiate. Le tribunal les a reconnues coupables de diffamation et d'incitation à la haine contre le président, un délit passible de cinq ans de prison selon le code pénal mauritanien. Leur avocat a dénoncé une procédure expéditive et un procès politique, affirmant que ses clientes n'avaient fait qu'exercer leur droit légitime à la liberté d'expression.
Réactions internationales
Cette condamnation a immédiatement provoqué une vague d'indignation à l'étranger. L'Union africaine a exprimé sa préoccupation, tandis que l'ONG Amnesty International a appelé à la libération immédiate des deux députées, dénonçant une atteinte grave à la liberté d'expression et aux droits de l'homme en Mauritanie. Le gouvernement mauritanien, par la voix de son ministre de la Justice, a justifié la décision en rappelant que nul n'est au-dessus de la loi et que les propos tenus par les députées avaient porté atteinte à l'honneur du chef de l'État.
Un climat politique sous tension
Cette affaire intervient dans un contexte de tensions croissantes entre le pouvoir et l'opposition, marqué par des arrestations de militants et des restrictions à la liberté de la presse. Les deux députées, figures de l'opposition, pourraient faire appel de leur condamnation. Leur incarcération risque d'aggraver les fractures politiques et ethniques dans un pays déjà fragilisé par des violences intercommunautaires.
Les organisations de défense des droits de l'homme appellent la communauté internationale à exercer des pressions sur Nouakchott pour obtenir la libération des deux élues et garantir le respect des libertés fondamentales. En attendant, le procès des deux députées est devenu un symbole de la lutte pour la liberté d'expression en Mauritanie.



