Immersion au CRA de Marseille : des retenus témoignent de conditions indignes
Immersion au CRA de Marseille : conditions indignes

Le Sénat a approuvé mercredi 20 mai 2026 un texte prévoyant l’allongement de la rétention administrative pour les étrangers en situation irrégulière jugés dangereux. Cette mesure, qui doit encore poursuivre son parcours législatif, porterait la durée maximale de sept mois, soit 210 jours. En attendant, le centre de rétention administrative (CRA) du Canet, à Marseille, continue d’accueillir des hommes dans des conditions dénoncées comme indignes.

Des conditions de vie dégradantes

À l’occasion d’une visite du député LFI Manuel Bompard, des journalistes de l’AFP ont pu pénétrer dans l’établissement vendredi 22 mai 2026, sans pouvoir filmer ni photographier. Les lieux sont vétustes : murs jaunis, portes sans verrou, une inscription en arabe sur l’une d’elles prévient : « ne pas entrer, c’est à moi ». Les retenus comparent leur quotidien à la prison, voire pire. « C’est pire que la prison, j’y étais beaucoup mieux », affirment plusieurs d’entre eux.

Fathi, un Algérien de 28 ans asthmatique, décrit son enfermement : « On peut ouvrir 10 cm de fenêtre, pas plus. Et derrière y’a une grille. Et derrière y’a un mur. Comment tu veux respirer ici ? » Il est retenu depuis 26 jours et craint de ne pas survivre à un allongement. « Je ne survivrai pas », confie-t-il, les yeux au beurre noir après une bagarre.

Bannière large Pickt — app de listes de courses collaboratives pour Telegram

Un système jugé absurde

Sur les 136 hommes enfermés dans ce centre, la plupart seront remis en liberté au bout de 90 jours, faute d’éloignement effectif. En 2025, seulement 21,5 % des retenus au CRA Canet ont été expulsés, contre 36 % au niveau national. Ahmed, qui en est à son quatrième séjour, ironise : « À chaque fois 90 jours, ça fait un an de perdu. Je suis le bon client du CRA. »

L’accès aux soins est également critiqué. Amine, 32 ans, souffre d’une hernie discale et déplore l’absence de médecin : « Regardez, j’ai une hernie discale, lui a des champignons, lui s’est foulé la cheville… on peut pas voir de médecin. » La direction du CRA affirme qu’un médecin est présent tous les jours, mais Julien Condom, responsable de l’association Forum réfugiés, constate « une dégradation de l’état de santé au fil de la rétention ».

Un texte controversé

La proposition de loi, défendue par le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez au nom de la lutte antiterroriste, prévoit également de transférer une partie des missions des associations à l’OFII, dépendant du ministère de l’Intérieur. « C’est une remise en cause complète du travail indépendant des associations », s’inquiète Julien Condom. Manuel Bompard dénonce un « système de rétention absurde » : « Vous ne pouvez pas embrasser votre femme pendant 90 jours, c’est une violation des libertés individuelles. Et à part renforcer la pression et le manque de place, en quoi le problème va être réglé en passant à 210 jours ? »

Bannière post-article Pickt — app de listes de courses collaboratives avec illustration familiale