Le tribunal de Rabat a condamné ce mercredi 3 septembre une militante féministe de 50 ans à deux ans et demi de prison ferme et 5 000 euros d’amende pour avoir publié une photo jugée offensante. Son avocat a annoncé faire appel de cette décision qu’il juge disproportionnée.
Une condamnation pour "atteinte à l’islam"
Ce mercredi 3 septembre, un tribunal de Rabat a condamné la militante féministe Ibtissame Lachgar à 30 mois de prison ferme et 50 000 dirhams d’amende (environ 5 000 euros) pour "atteinte à l’islam". La défense a d’ores et déjà indiqué son intention de faire appel. Connue pour son engagement en faveur des libertés individuelles, la psychologue clinicienne de 50 ans était poursuivie après avoir publié en juillet une photo d’elle portant un t-shirt avec le mot "Allah" suivi de la mention "is lesbian" (est lesbienne). Selon la justice marocaine, ce visuel constituait une "offense envers Dieu".
Un slogan féministe, pas religieux
Lors de son procès devant le tribunal de première instance de Rabat, Ibtissame Lachgar a expliqué que ce slogan féministe était utilisé depuis des années "contre les idéologies sexistes et les violences faites aux femmes" et qu’il ne visait pas la religion. Elle a ajouté avoir déjà posté la même photo en mai 2025, sans réaction particulière à l’époque, et avoir porté ce t-shirt uniquement lors de manifestations en Europe et au Royaume-Uni.
Son avocat, Me Mohamed Khattab, a également fait part de son inquiétude quant à l’état psychologique de sa cliente, détenue depuis le 12 août à la prison d’El Arjat. Il compte déposer une requête pour que la loi sur les peines alternatives soit appliquée.
État de santé préoccupant
Fin août, une autre avocate, Naima El Guellaf, avait alerté sur la santé de la militante, affirmant qu’elle était traitée pour un cancer et devait subir en septembre une opération critique au bras gauche, avec un risque d’amputation en cas d’absence d’intervention. À l’annonce du verdict, sa famille et plusieurs proches ont fondu en larmes devant le tribunal.
Indignations et réactions
"C’est un verdict choquant", a dénoncé Hakim Sikouk, président de l’Association marocaine des droits humains (AMDH), qui voit dans ce procès "une atteinte à la liberté d’expression". La photo controversée, accompagnée d’un texte qualifiant l’islam "comme toute idéologie religieuse" de "fasciste, phallocrate et misogyne", avait suscité de violentes réactions en ligne, allant jusqu’à des menaces de viol et de lapidation.
Un article de loi controversé
Le parquet a requis une condamnation sur la base de l’article 267-5 du Code pénal marocain, qui prévoit jusqu’à deux ans de prison pour "quiconque porte atteinte à la religion islamique". La peine peut aller jusqu’à cinq ans si l’infraction est commise publiquement, y compris par voie électronique. Ses avocats rappellent qu’Ibtissame Lachgar avait déjà été entendue par la police en 2022 pour cette même photo, sans poursuite à l’époque.
Un parcours militant marqué par les confrontations avec l’État
Cofondatrice en 2009 du Mouvement alternatif pour les libertés individuelles (MALI), Ibtissame Lachgar s’est engagée contre les violences faites aux femmes et la pédocriminalité. Son militantisme lui a déjà valu plusieurs confrontations avec les autorités, notamment en 2016 et 2018, sans poursuites judiciaires jusque-là.



