La trêve pascale en Ukraine émaillée de milliers d'accusations de violations
En Ukraine, la trêve de 32 heures décrétée pour la Pâque orthodoxe a rapidement été le théâtre d'accusations mutuelles entre Kiev et Moscou, chaque camp reprochant à l'autre d'avoir violé massivement le cessez-le-feu. Annoncée jeudi par le Kremlin, cette pause devait s'étendre du samedi après-midi à la fin du dimanche, mais dès les premières heures, les tensions ont resurgi sur le front long de 1 200 kilomètres.
Des chiffres alarmants de part et d'autre
Dans un communiqué publié dimanche matin, l'état-major ukrainien a affirmé que les forces russes avaient enfreint le cessez-le-feu à 2 299 reprises. Peu après, le ministère russe de la Défense a rétorqué en accusant les troupes ukrainiennes d'avoir commis 1 971 violations de cette cessation des hostilités. Les deux armées se sont mutuellement reproché des centaines de frappes d'artillerie, d'attaques par drones et plusieurs assauts de troupes, illustrant la persistance des affrontements malgré la trêve.
Néanmoins, une baisse relative des activités militaires a été observée, avec l'état-major ukrainien soulignant l'absence d'attaques russes de drones longue distance de type Shahed, de bombes aériennes guidées ou de missiles. Habituellement, des centaines de ces assauts sont menés presque chaque nuit sur l'Ukraine, Kiev ripostant par des frappes de drones sur le territoire russe.
Incidents localisés et témoignages contrastés
Des incidents violents ont toutefois été signalés dans les régions frontalières. Dans la région russe de Koursk, le gouverneur Alexandre Khinchteïn a accusé Kiev d'avoir attaqué une station-service avec un drone samedi, blessant trois personnes dont un bébé. De l'autre côté, dans la région ukrainienne de Soumy, le chef de l'administration Oleg Grygorov a dénoncé une attaque russe contre une ambulance par drone, causant trois blessés parmi les soignants.
Malgré ces épisodes, certains secteurs ont connu un calme relatif. Dans la région de Kharkiv, le lieutenant-colonel Vassyl Kobziak a indiqué à l'AFP que son secteur était "plutôt calme", permettant à ses soldats d'assister à une messe de Pâques dans une forêt locale. "Nos camarades ont la chance de faire bénir leurs paniers de Pâques et de ressentir la chaleur de cette fête", a-t-il déclaré, évoquant la tradition religieuse de bénédiction des mets.
Un contexte de négociations au point mort
Cette trêve intervient dans un contexte où les efforts de paix semblent bloqués. Ces derniers mois, plusieurs cycles de négociations sous l'égide des États-Unis n'ont pas réussi à rapprocher les belligérants d'un accord pour mettre fin aux combats, déclenchés par l'invasion russe de l'Ukraine en février 2022. Le processus s'enlise davantage alors que l'attention de Washington se déplace vers d'autres crises, comme celle impliquant l'Iran.
Kiev réclame depuis longtemps un cessez-le-feu prolongé pour favoriser des discussions sur un hypothétique accord de paix, mais Moscou rejette cette idée, arguant qu'une pause plus longue permettrait à l'armée ukrainienne de se renforcer. Cette divergence fondamentale explique en partie les accusations réciproques et la fragilité des trêves, comme celle de l'an dernier pour la Pâque orthodoxe, qui avait également été marquée par des violations mutuelles.
En somme, la trêve pascale en Ukraine, bien que marquée par une diminution de l'intensité des combats dans certaines zones, reste minée par la méfiance et les accusations, reflétant les profondes divisions qui persistent entre les deux camps après plus de quatre ans de conflit.



