Donald Trump menace l'Iran : une escalade dangereuse au mépris des conventions internationales
Les règles du droit international semblent de plus en plus ignorées par Donald Trump. Alors que l'intervention militaire américaine en Iran se prolonge, le président américain se trouve confronté à un dilemme complexe : privilégier l'apaisement diplomatique, se retirer sans avoir obtenu la chute du régime, ou s'engager dans une escalade incontrôlable. Ces derniers jours, le milliardaire républicain a clairement penché pour cette dernière option.
Un ultimatum de 48 heures et des menaces explicites
Dans un message publié sur sa plateforme Truth Social dimanche 5 avril, Donald Trump a lancé un ultimatum de 48 heures à Téhéran. Il exige que l'Iran trouve un accord ou ouvre le détroit d'Ormuz, faute de quoi il promet de "déchaîner les enfers" sur le pays. Le président américain menace spécifiquement de frapper dès mardi "les centrales électriques" et "les ponts" iraniens, au mépris flagrant du droit international humanitaire.
Des cibles civiles qui pourraient constituer des crimes de guerre
Depuis le début du conflit le 28 février, les États-Unis ont déjà visé des milliers de cibles en Iran. Mais le bombardement d'infrastructures civiles essentielles comme les centrales électriques et les ponts marquerait une nouvelle étape dans la logique destructrice assumée par l'administration Trump. Le président américain affirme être prêt à "ramener l'Iran à l'âge de pierre", sans aucune concession exigée du régime des mollahs.
Cette approche soulève de graves questions juridiques. Viser des centrales électriques, des ponts ou des usines de dessalement serait contraire au Protocole additionnel aux conventions de Genève de 1977. L'article 54 de ce document, appelé Protocole I, stipule clairement qu'"il est interdit d'attaquer, de détruire, d'enlever ou de mettre hors d'usage des biens indispensables à la survie de la population civile".
L'exception militaire et ses limites strictes
Le droit international humanitaire prévoit certes une exception : si une infrastructure civile constitue "un appui direct d'une action militaire", elle peut devenir une cible légitime. Certains responsables américains insistent sur l'importance de ces sites dans le programme nucléaire et balistique iranien. Cependant, cette exception ne supprime pas toutes les protections.
Le Protocole I précise que l'armée offensive "doit s'assurer de n'engager en aucun cas, contre ces biens, des actions dont on pourrait attendre qu'elles laissent à la population civile si peu de nourriture ou d'eau qu'elle serait réduite à la famine ou forcée de se déplacer". Or, plusieurs organisations humanitaires alertent sur les conséquences désastreuses que pourrait avoir la destruction de centrales électriques sur l'approvisionnement en eau des Iraniens.
La "propre morale" de Trump comme seule limite
Donald Trump affiche depuis longtemps un désintérêt marqué pour le multilatéralisme et la gouvernance mondiale, symbolisé par le retrait des États-Unis de nombreuses organisations internationales. Cette tendance s'est accentuée depuis son retour à la Maison-Blanche. Dans une interview au New York Times, le président américain a affirmé "n'avoir pas besoin du droit international" et placé sa "propre morale" comme unique limite à son action.
Cette approche est partagée par plusieurs de ses collaborateurs, y compris dans la stratégie iranienne. Le secrétaire à la Défense Pete Hegseth a ainsi assumé accepter certains crimes de guerre au Moyen-Orient, appelant à ne "pas faire de quartier" face aux ennemis américains. "[Pete Hegseth] a pour habitude de dénigrer le droit de la guerre et les juristes militaires", déplore Brian Finucane, ancien juriste du Département d'État.
Les experts en droit international s'alarment
Une centaine d'experts ont signé une lettre ouverte la semaine dernière pour exprimer leurs "sérieuses préoccupations quant aux violations du droit international humanitaire en Iran, y compris d'éventuels crimes de guerre". Ces spécialistes dénoncent les déclarations de hauts responsables américains qualifiant de "stupides" les règles régissant l'engagement militaire et privilégiant la "létalité" à la "légalité".
Ils mentionnent notamment le cas d'une frappe meurtrière sur une école primaire le 28 février, dont un rapport préliminaire du Pentagone impute la responsabilité à l'armée américaine. "Ce qui est particulièrement frappant dans cette intervention, c'est que l'administration Trump n'a même pas tenté de se justifier", confirme Oona Hathaway, professeure de droit international à l'université de Yale.
Contrairement à d'autres interventions passées, les États-Unis ne se sentent plus obligés de prétendre agir dans le respect du droit international. Donald Trump l'a rappelé en janvier 2025 : "rien" ne l'arrêtera dans ses projets lors de son second mandat, pas même les règles internationales. Cette position inquiète profondément la communauté internationale et les défenseurs des droits humains.



