Depuis mercredi, les services de l'administration fédérale américaine sont paralysés en raison de profondes divisions partisanes entre le président Donald Trump et les démocrates du Congrès. L'absence d'accord budgétaire ouvre la voie à une confrontation qui pourrait entraîner la perte de milliers d'emplois fédéraux. Des agences gouvernementales ont averti que ce shutdown ralentirait le trafic aérien, suspendrait les recherches scientifiques, priverait les soldats de leur paie et placerait au chômage technique environ 750 000 employés fédéraux, avec un coût quotidien estimé à 400 millions de dollars.
Menaces de mesures irréversibles
Le président républicain Donald Trump, qui a entrepris dès son retour au pouvoir en janvier une purge de l'administration fédérale (300 000 suppressions de poste prévues cette année), a prévenu les démocrates que ce shutdown pourrait ouvrir la voie à des mesures "irréversibles", notamment la fermeture d'agences fédérales. "Tout ce qu'ils veulent, c'est nous intimider. Et ils ne vont pas réussir", a réagi Chuck Schumer, chef de file de la minorité démocrate au Sénat.
Les démocrates résistent sur la santé
Les sénateurs démocrates rejettent le projet de loi budgétaire en raison du refus des républicains d'y inclure une extension des remboursements de soins de santé pour des millions d'Américains, une préoccupation majeure des électeurs. Ils demandent le rétablissement de centaines de milliards de dollars en dépenses de santé dans le cadre du programme Obamacare pour les ménages des classes populaires. Cette opposition est alimentée par la pression de partisans frustrés par les défaites électorales et en quête d'une victoire politique, alors que les élections de mi-mandat se profilent dans un peu plus d'un an.
Un bras de fer politique
"C'est de la politique. Il n'y a pas de motif substantiel à un shutdown", dénonce John Thune, chef de la majorité républicaine au Sénat. Bien que les républicains soient majoritaires dans les deux chambres, un seuil de 60 voix est requis au Sénat (100 sièges) pour les projets de loi budgétaires. Au moins sept sénateurs démocrates doivent donc se joindre aux républicains pour que le texte soit adopté. Le shutdown le plus long de l'histoire américaine a duré 35 jours, entre décembre 2018 et janvier 2019, lors du premier mandat de Trump, en raison de différends sur l'immigration. Selon des analystes, cette paralysie pourrait être encore plus longue.
Un climat politique explosif
Le climat politique est encore plus polarisé depuis l'assassinat de l'activiste d'extrême droite Charlie Kirk le mois dernier, sur fond de poids accru des extrêmes. Robert Pape, professeur de science politique à l'université de Chicago, estime que cela pourrait compliquer la conclusion d'un accord. "Les règles de la politique sont en train de radicalement changer, et nous ne pouvons pas savoir avec certitude jusqu'où cela va aller", observe-t-il.
Provocations et réactions
Donald Trump jette de l'huile sur le feu en multipliant les provocations. À l'approche du shutdown, il a diffusé une vidéo avec des images manipulées montrant Chuck Schumer critiquant les démocrates, tandis que Hakeem Jeffries, chef de file de la minorité démocrate à la Chambre, apparaît avec un sombrero grossièrement dessiné et une moustache. "C'est puéril. C'est mesquin", a dénoncé Schumer. "C'est ce qu'un enfant de 5 ans pourrait faire, pas un président des États-Unis. Mais cela montre à quel point les républicains ne sont pas sérieux. Ils se fichent complètement du mal qu'ils vont engendrer avec leur shutdown."



