Pérou : une élection présidentielle marquée par la défiance et l'insécurité
Pérou : élection présidentielle sous tension

Un scrutin historique dans un climat de méfiance profonde

Les Péruviens se sont rendus aux urnes dimanche pour élire leur neuvième président en dix ans, dans un contexte politique particulièrement tendu. Cette élection, qui voit également le retour d'un Parlement bicaméral pour la première fois depuis 1990, se déroule sur fond de défiance massive envers la classe politique et d'une insécurité grandissante.

Une défiance institutionnelle record

Selon les données du Latinobarometro, plus de 90% des Péruviens déclarent avoir « peu » ou « aucune confiance » dans leur gouvernement et leur Parlement. Ce scepticisme s'explique par une instabilité politique chronique : huit présidents se sont succédé depuis 2016, dont la moitié a été destituée, souvent dans le sillage de scandales de corruption répétés.

« Je ne voterai pour personne. Je me sens tellement déçue par tous les dirigeants », confie Maria Fernandez, une commerçante de 56 ans à Lima. « Nous avons été gouvernés par des corrompus, des voleurs et des gens sans scrupules. »

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Un bulletin de vote de 44 cm et 35 candidats

La complexité de ce scrutin se matérialise par un bulletin de vote exceptionnellement long de 44 centimètres, reflétant la présence record de 35 candidats à la présidence. Dans les derniers sondages, aucun ne dépassait les 15% d'intentions de vote, rendant un second tour le 7 juin quasi inévitable.

Parmi les favoris figuraient :

  • Keiko Fujimori, candidate de droite pour la quatrième fois
  • L'humoriste Carlos Alvarez
  • L'ultraconservateur Rafael Lopez Aliaga
  • L'octogénaire centriste Ricardo Belmont
  • Plusieurs candidats de gauche dont Roberto Sanchez

L'insécurité, préoccupation majeure des électeurs

Une violence en forte augmentation

La question de l'insécurité domine les préoccupations des Péruviens. Les homicides ont plus que doublé depuis 2018 pour atteindre environ 2 600 par an, tandis que les plaintes pour extorsion ont été multipliées par huit selon les chiffres de la police.

« C'est de loin le sujet le plus préoccupant en raison du niveau incroyable des assassinats, des meurtres commandités et des vols », témoigne Francisco Garcia, étudiant de 18 ans encore indécis à la veille du vote.

L'arrivée de groupes criminels transnationaux

Cette flambée de violence coïncide avec l'arrivée de groupes criminels transnationaux, notamment venus du Venezuela, qui opèrent aux côtés des gangs locaux impliqués dans le racket et les assassinats commandités. Les compagnies de transport public figurent parmi les principales cibles, avec 75 chauffeurs tués en 2025 principalement à Lima.

Des propositions radicales et une déconnexion politique

Des mesures extrêmes face à la criminalité

Face à cette insécurité, les candidats ont multiplié les propositions radicales :

  1. Construction de prisons dans la jungle entourées de serpents venimeux
  2. Primes pour les policiers tuant des criminels
  3. Rétablissement de la peine de mort

« Ce sont des propositions populistes et peu cohérentes », tranche Francisco Garcia, reflétant le scepticisme d'une partie de la population.

Une offre politique déconnectée des attentes

Pour le sociologue David Sulmont, « il existe une forte déconnexion entre l'offre politique et les attentes de la population », aucune candidature ne suscitant un réel enthousiasme. La campagne a été « plus superficielle, plus émotionnelle, davantage guidée par des impulsions » que par des programmes, analyse l'expert en opinion publique Luis Benavente.

Le cas Keiko Fujimori

Keiko Fujimori, candidate de droite et fille de l'ancien président Alberto Fujimori (condamné pour corruption et crimes contre l'humanité), a promis d'expulser les migrants en situation irrégulière, d'attirer les investissements américains et de s'inscrire dans la vague de gouvernements conservateurs d'Amérique latine. Elle mise sur l'héritage de son père, encore crédité par une partie des Péruviens d'avoir vaincu les guérillas d'extrême gauche et mis fin à l'hyperinflation.

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Un scrutin obligatoire dans un contexte difficile

Plus de 27 millions d'électeurs étaient appelés aux urnes jusqu'à 17 heures locales (22 heures GMT) dimanche pour ce vote obligatoire. Dimanche dernier, 16% des électeurs se disaient encore indécis et 11% envisageaient de ne voter pour aucun candidat, illustrant le climat général de « désenchantement » évoqué par les experts.

Selon la radio RPP, au moins 252 candidats aux différents mandats en jeu ont fait l'objet de condamnations pénales, renforçant encore la défiance des Péruviens envers leur classe politique dans un pays où près de 70% des actifs exercent une activité informelle, une précarité qui facilite le recrutement de jeunes par les groupes criminels.