Proche-Orient : perspectives après libération des otages
Proche-Orient : quel avenir après la libération des otages ?

Proche-Orient : quelles perspectives après la libération des otages ?

« Cela permet peut-être d’entrevoir une issue positive, mais rien n’est joué » : telle est la mise en garde de Didier Billion, géopolitologue et directeur adjoint de l’Iris, interrogé par Manuel Cudel. Alors que vingt otages israéliens en vie ont été libérés ce lundi à Tel Aviv, le chercheur appelle à la prudence. « Rien n’est véritablement acquis » pour obtenir une paix durable, insiste-t-il.

Un plan Trump aux contours flous

Les prochaines étapes du plan de Donald Trump restent incertaines. Aucune date précise n’a été fixée pour le retrait israélien de la bande de Gaza, pourtant évoqué à hauteur d’un à deux kilomètres vers l’est. L’État hébreu n’a jamais validé cette clause. La demande de capitulation du Hamas sera réitérée, mais le mouvement ne déposera pas les armes sans contrepartie sérieuse. Un comité pour la paix, avec déploiement d’une force internationale de stabilisation, est théoriquement prévu. « Pour le reste, tout est extrêmement flou », résume Didier Billion. « On peut se féliciter de la libération des otages, mais on ne peut pas parler de plan de paix. »

Netanyahou et l’épine du retrait

Benyamin Netanyahou ne s’est pas engagé à retirer totalement ses troupes de l’enclave palestinienne. Il pourrait se servir d’un refus de désarmement du Hamas pour maintenir la présence de Tsahal, voire reprendre son offensive. Une partie de l’état-major israélien est plutôt favorable à un retrait organisé pour éviter un bourbier, mais la branche radicale du gouvernement (Bezalel Smotrich, Itamar Ben Gvir) s’y oppose, sur une ligne d’annexion. Or ce mot n’apparaît pas dans le plan Trump, signe de divergences entre les deux dirigeants. « M. Trump raisonne en fonction de ses intérêts immédiats : pour des raisons économiques, il n’a pas intérêt à se fâcher avec les monarchies arabes du Golfe, qui sont contre une annexion », explique Didier Billion.

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L’hubris israélienne et la question palestinienne

Le gouvernement israélien a modifié les rapports de force en remportant une série de victoires militaires, ouvrant même un huitième front en bombardant le Hamas au Qatar. « Il y a cette hubris de la victoire qu’on ne peut pas sous-estimer », note le chercheur. Autre faille du plan Trump : la perspective d’un État palestinien n’est pas clairement dessinée. À Gaza, la situation est dramatique : 78 % du territoire détruit, près de 70 000 morts, plus du double de blessés. En Cisjordanie, les colons grignotent les terres palestiniennes ; ils sont plus de 700 000 entre la Cisjordanie et Jérusalem. « Comment peut-on concrètement imaginer un État palestinien viable ? » interroge Didier Billion. Le droit à l’autodétermination est central, mais comment organiser des élections dans ce contexte ?

Des lueurs d’espoir, mais rien de joué

Le plan Trump ouvre-t-il davantage de perspectives que les précédents ? La tragédie humaine s’est aggravée. La Turquie et le Qatar, qui entretiennent des relations privilégiées avec le Hamas, ont fait pression pour la libération des otages. De nombreux États arabes et musulmans (Indonésie, Turquie, Pakistan) soutiennent le plan, ce qui est nouveau. « Cela permet peut-être d’entrevoir une issue positive, mais il faut rester prudent, rien n’est joué », insiste Didier Billion. Pour une paix juste, il faudrait une conférence internationale donnant la parole aux Palestiniens, avec des interlocuteurs respectés. Le nom de Marwan Barghouti revient constamment, mais les Israéliens refusent de le libérer, car ils ne veulent pas de la solution à deux États qu’il défend. Netanyahou sait que des concessions trop importantes feraient exploser son gouvernement ; des législatives pourraient le conduire en prison. « Si on ne tord pas le bras à Netanyahou, on n’avancera pas », conclut le géopolitologue.

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