Le groupe Vivendi, contrôlé par la famille Bolloré, a annoncé ce lundi son intention de scinder Universal Music Group (UMG), le plus grand label musical au monde. Cette décision, qualifiée de « stop ou encore » par les analystes, marque un tournant stratégique majeur pour l'empire Bolloré.
Une scission historique
Vivendi prévoit de distribuer 60 % des actions d'UMG à ses actionnaires d'ici la fin de l'année, tout en conservant une participation de 10 %. Le groupe conservera également 30 % des parts via une filiale. Cette opération, valorisant UMG à environ 30 milliards d'euros, permettrait de libérer de la valeur pour les actionnaires et de réduire la dette de Vivendi.
Les motivations de Bolloré
Pour Vincent Bolloré, cette scission est un moyen de recentrer le conglomérat sur ses activités médias et publicité, tout en donnant à UMG une plus grande autonomie. « Universal Music a besoin de liberté pour continuer à innover dans un secteur en pleine mutation », a déclaré un porte-parole de Vivendi. Le groupe souhaite également profiter de la bonne santé du marché musical, porté par le streaming.
Réactions du marché
Les investisseurs ont accueilli la nouvelle avec prudence. L'action Vivendi a légèrement progressé en Bourse, mais certains analystes s'interrogent sur la valorisation d'UMG. « C'est un pari risqué », estime Jean-Pierre Dupont, analyste chez Oddo BHF. « La scission pourrait exposer UMG à des OPA hostiles, surtout de la part de géants du numérique comme Apple ou Amazon. »
L'avenir d'Universal Music
Universal Music, qui détient des artistes comme Taylor Swift, Drake ou les Beatles, doit faire face à une concurrence accrue des plateformes de streaming et des labels indépendants. La scission lui permettrait de nouer des partenariats plus facilement, mais aussi de lever des fonds pour acquérir de nouveaux talents. « Nous sommes à un tournant », a commenté Lucian Grainge, PDG d'UMG. « Cette indépendance va nous permettre d'accélérer notre croissance. »
En parallèle, Vivendi pourrait utiliser les liquidités issues de l'opération pour renforcer ses positions dans les médias, notamment via sa filiale Havas ou le groupe Canal+. La famille Bolloré, qui détient 27 % de Vivendi, reste aux commandes, mais certains actionnaires minoritaires redoutent une perte d'influence.
Un précédent dans l'industrie
Cette scission rappelle celle d'EMI, qui avait été démantelé en 2012. Mais contrairement à EMI, UMG part avec une avance technologique et un catalogue solide. « Universal a les moyens de rester leader », estime Sarah Moreau, professeur à HEC. « Mais il devra naviguer dans un environnement où les artistes exigent plus de transparence et de rémunération. »
La décision finale sera soumise au vote des actionnaires lors d'une assemblée générale extraordinaire en septembre. Si elle est approuvée, la scission pourrait être effective dès le premier trimestre 2027. En attendant, l'industrie musicale retient son souffle.



